« Darwin avait raison » chantait Féloche et il n’avait pas tort. Le biologiste évoquait dans L’Origine de l’homme un certain « goût pour le beau » commun à de nombreuses espèces. Il pensait notamment aux couleurs des ailes d’oiseaux, qui séduisent les femelles mais ravissent aussi les humains.
Son intuition était partagée mais, à ce jour, aucune étude n’avait comparé de manière exhaustive les préférences esthétiques des humains à celles des autres animaux. C’est chose faite avec l’article intitulé « Humans share acoustic preferences with other animals » que publie dans la revue Science Logan S. James, du département de biologie de l’Université McGill au Canada, en compagnie de Sarah C. Woolley, Jon T. Sakata, Courtney B. Hilton, Michael J. et Samuel A. Mehr.
Plus de 4 000 humains ont participé à l’étude de ces scientifiques. Ils étaient confrontés aux chants de 16 espèces animales différentes, toujours présentés par paire. Ils devaient indiquer lequel des deux enregistrements ils préféraient. Auparavant, ces paires d’enregistrements avaient été jouées aux animaux concernés et leurs réactions avaient été notées.
Le résultat est très parlant. Les humains ont majoritairement choisi les sons qui font le plus réagir les autres animaux. Les jugements esthétiques liés aux sons pourraient donc être influencés par des mécanismes sensoriels communs. La grenouille túngara, par exemple, préfère les mâles dont le chant comporte des ornements sonores, comparables à des claquements de langue ou des trilles. Or, la nouvelle étude montre que les humains manifestent la même préférence.
« Nos conclusions indiquent que l’humain et certains animaux auraient en commun des mécanismes perceptifs et cognitifs nécessaires au traitement des sons » écrit Logan S. James. « Cette recherche pourrait également permettre de comprendre pourquoi les êtres humains aiment autant la musique. Si notre sens de la beauté trouve ses racines dans une biologie commune ancienne, les caractéristiques qui rendent une chanson émouvante à nos yeux pourraient être liées à celles qui rendaient les cris des animaux attrayants bien avant notre apparition. »
Les recherches sur la communication animale, sur les préférences acoustiques et les schémas inter-espèces en matière de cognition auditive ne cessent de nous questionner sur les origines de la musique…
Photo de têtière : femelle túngara par Brian Gratwicke (via Wikimedia)
Pour aller plus loin...
L'article paru dans Science
L'outil en ligne qui a permis de faire choisir des sons aux participants