Simon Kansara : « Les êtres de la montagne sont des archétypes qui résonnent chez tout le monde »

Faut-il ajouter des mots à la poésie ? Parce que Versant vivant n’est que cela : une heure entière de gestes créateurs, de coups de pinceaux délicats et de notes vives. Essayons tout de même… Musicien, scénariste et documentariste, Simon Kansara présente la pièce qu’il a conçue avec la plasticienne Emilie Tarascou en regardant autour d’eux, dans la Vallée d’Ossau, au coeur des Pyrénées : une ode à la vie sous toutes ses formes, applaudie dans toute la France et prochainement présentée à Avignon !

Il est question dans Versant vivant de tous les habitants de la montagne, humains ou non. Pourquoi la montagne ?

Simon Kansara : « Parce qu’on y habite ! C’est là où on vit, c’est ce qui nous entoure, c’est notre environnement. On a fait de la bande dessinée ensemble, j’étais scénariste et Emilie dessinatrice, et les projets qu’on faisait ensemble n’étaient pas liés à cet environnement. C’étaient des œuvres de fiction. Ce qui est raconté dans Versant vivant est également, d’une certaine façon, de la fiction mais tout ce projet est inspiré de l’endroit où on habite, les Pyrénées. »

Comment fonctionne le dialogue entre le dessin et la musique ?

Simon Kansara : « La musique est au service de ce que raconte le dessin. C’est du dessin en train de se faire, du dessin sous la caméra. Le temps passe dans ce dessin. Au fur et à mesure que le dessin se déploie, le temps passe dans la narration. Ce qui a beaucoup intéressé Emilie, c’est d’explorer les différentes échelles de temps dans les cycles de la nature. Avec le dessin d’animation, on peut accélérer le temps ou le ralentir. Ça permet de mettre en perspective différentes échelles de temps, de la plus courte, comme le battement d’aile d’un oiseau, à la plus longue, comme les montagnes qui s’élèvent et qui s’érodent. »

Votre technique semble très artisanale. Est-ce volontaire ?

Simon Kansara : « On utilise aussi le numérique, que ce soit du côté du dessin ou du côté de la musique. Mais c’est vrai qu’on avait à cœur que le rendu soit artisanal, un peu comme du proto-cinéma. Emilie fait du dessin d’animation un aspect assez important de la narration. C’est un peu comme si elle faisait un film en direct, que j’accompagnerais comme les musiciens de l’époque du cinéma muet. Cet aspect « laboratoire sur scène », oui, on voulait que ça ait l’air bricolé. »

Musicalement, dans quels répertoires êtes-vous allé puiser ?

Simon Kansara : « Les répertoires sont dictés par les instruments. J’aime les musiques traditionnelles en général. Quand je prends un instrument, j’essaie d’explorer le répertoire traditionnel de l’endroit d’où il vient. Pour la flûte irlandaise, ça va être la musique celtique. Pour la mandoline, ça va être la musique folk américaine. Le violon est plus classique. J’aime bien cet instrument, parce qu’il peut aller puiser partout. Il y a aussi des influences de musiques actuelles, de musiques électroniques. »

Comment les enfants réagissent-ils ?

Simon Kansara : « C’est un spectacle tout public. Il n’est pas nécessairement à destination des enfants. La réaction du public est intéressante. On joue dans toute la France et les réactions diffèrent selon les lieux, qu’on soit en ville ou à la campagne, à la montagne ou à la mer. Quand on joue pas loin de chez nous, les images semblent très familières ; quand on joue dans les grandes villes, elles deviennent exotiques. Ce qu’il y a de commun, dans les réactions, c’est une forme de curiosité pour les êtres vivants de la montagne. Ce sont des archétypes qui résonnent chez tout le monde. Nous ne délivrons pas de message. Le spectacle est muet, à l’exception de quelques mots à la fin. L’attention portée au monde vivant peut être scientifique mais, nous, on en propose une approche sensible, qui se passe de mots. »

Pour aller plus loin...
Le site web de L'Observable, la compagnie qui produit le spectacle

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