On trouve de tout chez L’Émoi Sonneur : des musiciens, bien sûr, des compositeurs, mais aussi des scénographes, des chorégraphes, des luthiers … et même des oiseaux ! Au sud de Paris, ce collectif a développé son propre univers, où il est souvent question de forêts, d’animaux ou de pierres qui chantent. Premier contact avec Nicolas Perrin, co-fondateur du collectif, par ailleurs directeur artistique, compositeur et guitariste, qui présente les projets récents et à venir…
Où et quand est né le collectif ?
Nicolas Perrin : « Le collectif est né en 2012, à Vitry-sur-Seine. Il est issu de rencontres au conservatoire de Vitry, notamment au sein de la classe d’électro-acoustique de Philippe Mion, dont j’étais l’assistant. Les personnes qui ont créé le collectif étaient des compositeurs issus des musiques concrètes mais aussi des militants de différentes associations tournées vers l’écologie ou l’environnement (notamment la LPO). Cette sensibilité pour l’environnement se retrouvait également chez les compositeurs, qui travaillaient sur les paysages sonores, à l’exemple de Bernard Fort, ou s’intéressaient à la matière radiophonique, comme le faisaient Yann Paranthoën et des gens comme ça. Nous avions tous expérimentés le field recording. C’est vraiment ce mélange de personnes qui a lancé l’association et, dès le début, elle a eu un ancrage territorial fort, sur la ville de Vitry et ses environs… »

Votre actualité est très riche. Vous préparez notamment un nouveau spectacle qui s’appellera « S’enforester »…
Nicolas Perrin : « En fait, notre activité, aujourd’hui, est divisée entre les deux branches d’un même arbre. Sur une branche, il y a des spectacles musicaux, des performances, des jeux musicaux, avec toujours une dimension pluridisciplinaire et un aspect visuel et scénographique fort. L’autre branche porte le côté médico-social. On a beaucoup d’activités dans les hôpitaux, dans les lieux de soin d’une façon générale et, de plus en plus, dans les lieux purement sociaux… Là, par exemple, on est en résidence à long terme dans un foyer d’accueil pour les sans-papiers, à Paris. Voilà les deux branches ! Les créations les plus visibles sont bien sûr celles de la première branche. Avec « S’enforester », on cherche à développer pour la première fois un projet qui sera uniquement en espace naturel. En forêt, donc. Ce spectacle se situe dans la lignée d’un spectacle précédent, qui s’appelait « Forêt Symphonie » et qui portait sur la relation aux forêts, et notamment sur l’acoustique de la forêt, qui, pour nous, est un peu un paysage universel. On s’en est rendu compte au cours d’un projet qu’on a mené juste avant (tout est lié), « Jeux de sens ». « Jeux de sens » est un projet un peu particulier, pour un seul spectateur, qui joue sur les états de conscience modifiée. On improvise autour des paysages sonores pour une personne qui a les yeux bandés et est sous casque. La personne touche des éléments naturels qu’elle ne voit pas. De notre côté, c’est un travail de live électronique et de spatialisation. On voulait accéder très vite à un état modifié de conscience qui permette le laisser-aller. On a testé pas mal de sons et on s’est aperçu que le paysage sonore de la forêt était le plus universel. On avait en face de nous des gens issus de milieux et de cultures très différentes et on voulait que nos sons parlent à tout le monde le plus rapidement possible, pour pouvoir ensuite aller vers des choses beaucoup plus abstraites et voyager vers d’autres paysages. On s’est aperçu que c’est la forêt qui amène le plus de laisser-aller. A partir de là, on s’est dit « On va pénétrer dans ces forêts ». C’est à ce moment qu’est né le projet « Forêt Symphonie », dont je viens de faire l’historique. « Forêt Symphonie » travaille sur l’acoustique du bois : comment le son est réverbéré par les arbres et les végétaux, comment aussi il nous parvient principalement du sol et de la canopée, alors qu’en milieu urbain, le son nous parvient en général à hauteur d’oreille. On en a fait un spectacle avec des végétaux amplifiés, des instruments traditionnels, comme des txalapartas ou des flûtes, des instruments qui, plutôt qu’amener vers de la musique « culturelle », sans tomber dans la musique dite « primitive » ou exotique, permettent de jouer avec le son des éléments naturels qui constituent la forêt. En parallèle, on travaille avec un éducateur d’oiseaux depuis quelques années. On a commencé avec une corneille, des pigeons et, pour « Forêt Symphonie », on travaille avec un geais des chênes. On crée des interactions, des relations, des placements, des déplacements, des jeux musicaux qui le mettent en mouvement sur le plateau. »
Vous annoncez également un autre projet, « Sonologie »…
Nicolas Perrin : « « Sonologie » est relié à « S’enforester » puisque c’est sa forme pour les concerts. C’est une forme plus légère, un duo, avec tout l’instrumentarium accumulé lors de nos derniers projets. Le concert prend la forme d’un paysage sonore en live, au milieu d’une vidéo-projection. Il y a toujours un aspect visuel mais c’est un format plus direct, qui peut être donné dans des salles de musiques actuelles, dans des médiathèques, dans des lieux équipés… »
Autre projet, qui va vous emmener prochainement au Pays de Galles : « Colliding with glass »…
Nicolas Perrin : « On va commencer à travailler dessus à partir du mois prochain. C’est une collaboration avec un performer gallois, John Rowley. Il est spécialiste de la présence absurde et de la voix. Ce sera une espèce de duo-performance sur la voix animale. Entre textes et improvisations autour du son animal, il y aura des bruitages, des imitations, tout ce qui évoque la vie animale. Ça va être très différent de ce qu’on a fait jusque là. »
Enfin, le 7 mars, vous inaugurez une installation dénommée « Biophonie » à la médiathèque de Vitry…
Nicolas Perrin : « Il y a déjà une installation sonore dans le hall de cette médiathèque. C’est une installation qu’on avait préparée à La Barbacane, dans les Yvelines, quand on était en résidence là-bas. Le décor de « Forêt symphonie », c’est-à-dire des arbres, est déjà installé dans le hall et un dispositif sonore réagit déjà au passage des lecteurs. Il y a aussi une petite txalaparta dont on peut jouer au sol. Quand on en joue, elle déclenche des mécanismes sur moteur, elle met des végétaux en mouvement et ces végétaux viennent musicaliser quelques instruments. Le 7 mars, ce qu’il va se passer, c’est une performance de Dom Waltis, un percussionniste qui joue avec tout : les végétaux, le feuillage, le bois, quelques instruments connus, évidemment, mais surtout des éléments naturels… »
Vous menez de front de très nombreux projets. A quelle demande correspondent-ils ? Est-il facile de proposer vos spectacles à des structures culturelles ?
Nicolas Perrin : « C’est une très bonne question. Nous, on est un peu en marge, on se diffuse dans des réseaux peu ordinaires. C’est à la fois une fragilité et une force. En ce moment, avec un secteur culturel (notamment du côté des théâtres) qui est en crise extrême, il n’est pas évident de se faire programmer. Nous, on rebondit dans d’autres réseaux de diffusion. Tous nos projets sont vraiment « tout public » : des mélomanes peuvent s’y retrouver, tout comme le jeune public. C’est notre marque de fabrique depuis le début. Samedi dernier, on a joué pour le forum du développement durable, un festival à Chatou, bientôt, on joue dans une médiathèque, ensuite, ce sera dans un festival de création musicale en Suisse… On travaille aussi dans les crèches, sur l’écoute de la petite enfance, à partir du mois prochain. Tout ça est très très très varié, effectivement. C’est notre force. »
Photo de têtière : François Mauger
Pour aller plus loin...
Le site web du collectif