Chaque océan a son langage, chaque mer son dialecte. C’est en tout cas ce qu’assure Chris Watson. Quand son ami David Attenborough, célébrissime présentateur d’émissions naturalistes, l’a mis au défi de le prouver, l’auteur de Weather Report et d’El Tren Fantasma lui a offert un CD juxtaposant des enregistrements réalisés sur l’Atlantique et le Pacifique. Les différences étaient flagrantes.
Planet Ocean est le prolongement et l’élargissement à toutes et tous de cette discussion. L’artiste sonore publie un album d’une heure qui mêle des enregistrements réalisés dans 17 lieux différents, de la Grande-Bretagne aux îles Galapagos, voire d’une plage cubaine à une barrière de corail chinoise. Là encore, la diversité des sons saute aux oreilles. Le bruit des vagues n’est jamais identique d’une plage à l’autre. Ici, les vagues semblent caresser un sable fin ; ailleurs, elles déferlent férocement ; ailleurs encore, elles giflent des rochers. Sur la rive, tout change en fonction de la topographie, de la géologie, des courants, des marées, des oiseaux… Sous l’eau, rien n’est non plus identique. Chris Watson nous entraîne dans une forêt de kelp, au large des Orcades. Là, tout n’est qu’un incessant frémissement, nettement distinct du scintillement effervescent des coraux des abords du Vietnam.
L’objectif de ce tour du monde en une heure et trente secondes est de rappeler la valeur des océans. Dans ses notes de pochette, Chris Watson rappelle l’effet qu’avait eu les premières photographies de la Terre depuis l’espace. C’était en 1972 : le cosmonaute Harrison Schmitt avait pris un cliché marquant depuis la cabine d’Apollo 17. L’humanité avait soudain pris conscience de la fragilité de son habitat, mais aussi de l’importance des océans. L’artiste sonore aimerait que le son accomplisse aujourd’hui ce que la photographie avait accompli cinquante ans plus tôt : sensibiliser le plus grand nombre à l’urgente nécessité de protéger les océans. A vos casques !
Photo de têtière : François Mauger