Arte diffuse en ce moment un documentaire signé par la journaliste canadienne Connie Edwards consacré aux aptitudes rythmiques et mélodiques des animaux non-humains. Très court, ce film de 2022 embrasse les dispositions d’êtres aussi divers que les phoques et les lémuriens, en passant par les baleines et les grives. Snowball, un cacatoès à huppe jaune, en est la star : il est montré à de nombreuses reprises en train de danser sur le sommet d’un vieux fauteuil. La façon dont il s’adapte à l’accélération ou la décélération de la musique est tout à fait convaincante : il suit le rythme comme un danseur humain le ferait, peut-être même avec plus de brio. Mais les explications avancées par les scientifiques, notamment à propos du rapport entre danse et acquisition du langage, sont bien trop vite écourtées.
Le documentaire passe en effet sans s’arrêter d’un animal à l’autre, d’un chimpanzé qui bat du pied à un diamant mandarin qui transmet un motif mélodique à son enfant, d’un porcelet qui grogne avant la tétée à un groupe de baleines qui danse en vocalisant, sans même prendre le temps de faire vraiment entendre les productions sonores. Le spectateur a la sensation de rater quelque chose en n’entendant pas, par exemple, celles des indris de Madagascar, capables de s’unir dans ce qui pourrait s’apparenter à une chorale.

En fait, ce qui retient le plus l’attention pendant ces 46 trop courtes minutes, c’est la diversité des scientifiques qui se penchent sur ces questions. La documentariste en a rencontré une dizaine : la primatologue Yuko Hattori, le musicologue Michael Spitzer, le psychologue Aniruddh Patel (en photo), la zoomusicologue Emily Doolittle, le bioacousticien Alex South, le biologiste Andrea Ravignani, déjà remarqué pour ses travaux sur les indris, le professeur de cognition musicale Henkjan Honing… Leurs hypothèses, leurs questionnements, leurs écoutes, tout cela est passionnant. Maintenant que Animaux, le rythme dans la peau les a placés sous les projecteurs, il ne reste plus qu’à attendre qu’une suite ou qu’un autre média leur donne une opportunité de développer leurs idées…
Photo de têtière : Joanjo Puertos Muñoz (via Pixabay)
Pour aller plus loin...
La page du documentaire sur le site d'Arte