[A écouter] Lou Reed : « Last great American whale »

Ecolo, Lou Reed, lui qui ne jurait que par les grandes villes (au point de donner leur nom à certains de ses plus beaux albums : Berlin en 1973, ce New York en 1989) ? Oui, mais à sa façon : grinçante et vacharde.

Sur cette chanson au texte picaresque, le rocker raconte d’une voix affligée l’histoire de la « dernière grande baleine américaine », tuée alors qu’elle délivrait un chef indien. Lou Reed règle ses comptes avec tout le monde, des excités de la gâchette (« Some local yokel member of the NRA / Kept a bazooka in his living room » : « Un plouc membre de la NRA / Gardait un bazooka dans son salon ») à sa mère (« My mother said she saw him in Chinatown / But you can’t always trust your mother » : « Ma mère a dit qu’elle l’avait vue à Chinatown / Mais on ne peut pas toujours se fier à sa mère »). Le dernier couplet finit d’enterrer ses compatriotes : « Americans don’t care too much for beauty / They’ll shit in a river, dump battery acid in a stream / They’ll watch dead rats wash up on the beach / And complain if they can’t swim » (« Les Américains ne s’intéressent pas à la beauté / Ils chient dans une rivière, jettent de l’acide de batterie dans un ruisseau / Ils regardent les rats morts se laver sur la plage / Et se plaignent de ne pas pouvoir nager »).

La chanson pourrait être grossière mais ne l’est jamais vraiment. Sous l’insulte, l’auditeur distingue tout de suite la blessure, une peine authentique devant le spectacle de splendeurs souillées… Le franc tireur cachait l’un des derniers grands amants de la beauté.

(extrait de New York)

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Photo : Cénel et François Mauger

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