Il faut savoir s’arrêter pour se réinventer. La logique marchande conseillerait plutôt de capitaliser sur le succès d’un événement pour en organiser un plus grand, mais l’équipe du festival Back to the Trees a choisi une autre voie. Elle a considéré qu’un événement doit s’inscrire dans son temps et n’a pas vocation à l’éternité. Adieu Back to the Trees, finies les déambulations nocturnes en forêt parmi une soixantaine d’œuvres et propositions artistiques, et bonjour Arbres-Mondes, nouvel événement qui naît au même endroit, le bois d’Ambre à Saint-Vit, à l’ouest de Besançon, et qui aura lieu pour la première (et peut-être dernière) fois les 29 et 30 mai 2026. Lionel Viard, la cheville ouvrière de ces deux projets, explique le passage de l’un à l’autre…
Pourquoi n’y aura-t-il plus de nouvelle édition de Back to the trees ?
Lionel Viard : « Je me suis aperçu en préparant la communication de l’édition de 2025 que c’était la dixième que j’organisais et que dix autres ont été organisées dans d’autres régions de France. Cela fait deux chiffres ronds. Je me suis dit que c’était un bon moment pour décider de s’arrêter. »
Vous êtes pourtant en train d’organiser autre chose, qui s’intitule « Arbres-mondes ». Qu’est-ce ?
Lionel Viard : « Arbres-Mondes, avec son nom poétique emprunté à Richard Powers, est une « proposition musicale en arbrezenteur ». On y invite le public à se percher dans les arbres (les hamacs sécurisés sont fournis !). J’aurais même envie de dire « à se mettre en orbite », puisque le dispositif s’appelle la « station d’écoute suspendue »… Celles et ceux qui se suspendront dans les arbres prendront ainsi un bain musical – principalement audionaturaliste – grâce à un dispositif d’une cinquantaine de haut-parleurs répartis tout autour des hamacs. »
Qui sont les artistes impliqués dans ce projet ?
Lionel Viard : « La station d’écoute a été fondée par deux collectifs : « IdéeHaut », basé en Franche-Comté, qui s’occupe principalement des filets et des cordes à grimper, et « Brane Project », basé à Marseille et qui gère les aspects musicaux et techniques. Leur station va présenter les musiques jouées live de Gaëtan Parseihian, Robert Kiefer, Laura Romero et Erpan Hesher, avec la participation une invitée à laquelle 4’33 magazine a récemment donné la parole : Caroline Audibert, qui viendra lire en musique quelques-uns de ses textes audionautiques. »
Etes-vous repartis pour 10 ans ?
Lionel Viard : « Non, pour un an ! Bon, je remarque que, lors de la première édition de Back to the Trees, on était aussi partis pour un an, finalement… »

Si on se retourne en arrière, comment Back to the trees aura-t-il incarné son époque ?
Lionel Viard : « Plutôt bien, je crois… Nous avons au final accueilli 450 œuvres et propositions artistiques au fil de nos 10 éditions en Franche-Comté, sans compter les 10 autres éditions organisées dans d’autres régions et d’autres pays. Mais surtout, au fur et à mesure de ces éditions, j’ai senti la joie grandir : la mienne, mais aussi celle de beaucoup d’artistes pour qui c’était devenu important de présenter leur travail dans ce contexte atypique. Le public de ces dix éditions a été plutôt varié, avec des fidèles et des curieux, des connaisseurs des arts, des connaisseurs des arbres, et beaucoup de familles, en provenance de Franche-Comté mais aussi de tout l’Est de la France. Nous étions somme toute assez loin du modèle d’un festival, plutôt sur le fonctionnement d’une plate-forme ou d’un rendez-vous, et quelque chose s’est vraiment joué là : l’événement était fabriqué collectivement et, ça, c’était peut-être même une spécificité plus forte que celle de présenter des arts dans les arbres ! Je vois aujourd’hui fleurir de plus en plus de rendez-vous artistiques en forêt et ça me réjouit. Et j’ai l’impression que, si nous ne l’avons pas précédé, nous avons au moins accompagné ce mouvement dès ses débuts. »
Photo de têtière : François Mauger
Pour aller plus loin...
Le site web d'Arbres-Mondes