Sur quel pied danser avec Supernormal ? Le pseudonyme du chanteur toulousain Arthur Fabre pose déjà question : est-il possible d’être « supernormal » ? N’est-ce pas un oxymore ? Le trouble est à son comble quand il entonne 2050 sur le sable (« Viens, viens avec moi sur le sable / Vois, vois sous tes pieds les rivages / Cherche ta ville sous la plage »). Faut-il le suivre ? Sa pop synthétique mais bienveillante y invite. Le chanteur offre une visite guidée de son univers…
Pour vous, en 2050, on sera « sur le sable » ?
Arthur Farre : « Pour moi, ça ne compte pas. Le plus important, c’est ce que disent les experts et les scientifiques. Plusieurs rapports montrent effectivement qu’en 2050, dans le sud de la France et même au nord, même à Paris, le climat aura beaucoup changé. Il ressemblera à celui de pays situés plus au sud. On parle du climat de Séville à Paris. Donc, oui, il est possible que tout s’assèche, qu’on rencontre de sérieux problèmes climatiques… Ce sera encore pire en 2100 mais 2050 est plus proche de nous et donc plus choquant. »
2050, ça sonne mieux, aussi. La chanson est très pop, très invitante même, avec ses « Viens », « Viens ». C’est un peu contradictoire…
Arthur Farre : « Tout à fait. Je suis quelqu’un d’assez enthousiaste, d’assez énergique. En même temps, je suis impacté par ce qu’il se passe. Je me sens concerné et parfois même assez déprimé. Je me suis dit : « Si je fais une chanson qui parle de ça, il faut qu’elle invite à de l’enthousiasme ». C’est pour ça qu’elle est assez pop, assez dynamique. Je me suis dit « Allons-y, posons-nous des questions mais gardons un peu de force, tout de même, pour trouver des réponses ». »
Dans ce mini-album, vous évoquez aussi les différences, la Sardaigne et le tourisme dans l’espace (vous n’êtes pas tendre avec Richard Branson)…
Arthur Farre : « Le disque entier pose des questions sur ce qu’il se passe en ce moment, entre les tensions du côté de l’économie, du côté du climat, du côté de la technologie qui nous fait rêver et nous fait peur en même temps… J’explore différents chemins dans cet EP, notamment un chemin vers l’espace, pour critiquer ce qu’il s’est passé récemment avec ces voyages qui coûtent beaucoup d’argent et qui émettent beaucoup de carbone, là où on aurait besoin de se poser des questions à l’échelle de la planète Terre. Il y a également un chemin qui mène vers Nulvi, en Sardaigne. C’est un hommage au petit village où est né mon père. Ce village représente tous nos paradoxes. Il a toujours été très ancré dans le terroir, dans les savoir-faire, dans le local. Ce positionnement durable, il en souffre, parce qu’il est éloigné des grandes villes, de l’économie mondiale et de la technologie. En même temps, il s’est aussi intégré dans la dynamique des énergies renouvelables. La Sardaigne a été assez précurseure, elle a fait installer beaucoup d’éoliennes. Ça m’avait frappé, dans les années 2000, quand j’y suis allé alors que j’étais encore petit. J’avoue que ces éoliennes m’avaient choqué. Je m’étais dit que le paysage était agressé. Mais, avec le recul, je me dis que c’était le bon chemin. Voilà pourquoi cet EP s’appelle « Nulvi » : pour rendre hommage à ce petit village plein de paradoxes, assez emblématique du chemin qu’on doit prendre. »

Dans ce monde paradoxal, qu’y a-t-il de « Supernormal », pour faire référence à votre pseudonyme ?
Arthur Farre : « Nous tous, tout simplement ! On est tous supernormaux. On est des gens du quotidien qui avançons lentement en nous posant des tas de questions. A tout moment, on a tous envie d’être un peu « super », un peu au-delà de nous-mêmes. Je pense qu’on est tous supernormaux et qu’on doit tous se raccrocher à ça, à la fois rêver, imaginer plein de choses et, en même temps, rester assez concret, rester les pieds sur terre. »
Photo de têtière : François Mauger