Erland Cooper écrit pour les fleurs de Londres

Que ne ferait-on pas pour la Reine ? Les cérémonies du jubilé de platine d’Elizabeth II, qui règne sur le Royaume-Uni depuis 1952, ont fait l’objet d’émissions spéciales diffusées dans le monde entier. Dans l’ombre des grandes festivités de juin (parade, messe à la cathédrale Saint-Paul, concert au palais de Buckingham…), nombre d’autres événements ont échappé à l’attention. C’est le cas notamment de Superbloom, une gigantesque installation botanique dans les douves de la Tour de Londres : 20 millions de fleurs sauvages y ont été plantés, une promenade y a été conçue, ponctuée par des sculptures de bois.

Erland Cooper n’a pas écrit pour la Reine mais pour ces fleurs. C’est une œuvre enregistrée pour l’occasion, Music For Growing Flowers, que 26 haut-parleurs diffusent tandis que le visiteur parcourt les douves. Cooper l’a conçue comme s’il composait la bande-sonore d’un film à propos de ces plantes, évoquant autant leur lente germination que leur radieuse floraison, à l’aide de cordes chatoyantes (harpe, violoncelle, violon…) et de délicates touches d’électronique. Les références aux techniques de peinture impressionniste y sont constantes.

Le compositeur n’en est pas à sa première symphonie paysagère. Né dans des îles écossaises isolées, les Orcades, il s’était fait connaître il y a un peu plus de dix ans au sein d’un trio intitulé The Magnetic North. Leur grande œuvre commune, Orkney: Symphony Of The Magnetic North, avait été en grande partie enregistrée dans la maison des parents de Cooper à Stromness, une ville de pêcheurs, avec l’aide du Stromabank Pub Choir de l’île de Hoy. Depuis, Cooper a entrepris d’écrire en solitaire une trilogie consacrée aux Orcades. Le premier volume, Solan Goose (2018), était inspiré des oiseaux de l’archipel. Le second, Sule Skerry (2019), évoquait la mer. Le troisième, Hether Blether (2020), semble marquer la fin de son exploration du concept de « psychogéographie », qui relie l’identité, la mémoire et le lieu à travers la musique.

Un projet parallèle, Carve The Runes Then Be Content With Silence, a été enregistré puis transféré sur une unique bande magnétique, avant d’être enterré (ou « planté », pour reprendre le vocabulaire de Cooper) dans une partie restée secrète des Orcades. La bande, seule trace existante de l’œuvre, ne devrait être exhumée et diffusée qu’en 2024, lorsque la terre, l’humidité et les vers auront décomposé ou recomposé le travail de Cooper.

Par chance, Music For Growing Flowers est bien plus aisément accessible. L’œuvre vient d’être publiée par le label anglais Mercury KX, familier des rencontre entre ambient, musique classique et folk.

Photo de têtière : François Mauger
Portrait d'Erland Cooper : Alex Kozobolis
Pour aller plus loin...
Le site web d'Erland Cooper
Le site web de son label

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