Les Amis Nos Morts : quand les squelettes d’animaux se mettent à chanter

A l’avant-scène, des crânes de corbeaux – une douzaine ! – ouvrent le bec en rythme, comme si c’était à eux qu’il revenait de fredonner la mélodie. Telle est la base du dispositif de « Les Amis Nos Morts », un groupe composé d’un vivant et de très nombreux morts, qui déploie une musique singulière dans une scénographie baignée d’ombres et de lumière. Venu du monde du cirque, passionné de hip hop, Gus, l’homme-orchestre à l’origine de ce projet, explique sa démarche…

C’est le confinement du Covid qui vous a donné envie de donner une voix au crâne d’animaux morts que vous avez toujours collectionnés ?

Gus : « Oui, c’est ça. Pendant le Covid, j’étais dans le Charolais, tout seul au milieu des vaches, et je me suis lancé là-dedans. En fait, je collectionne les crânes depuis que je suis tout petit, depuis que j’ai 6 ans. J’avais envie de faire un truc avec. Je traîne beaucoup sur YouTube. Je regarde beaucoup de tutos et je suis tombé sur des tutos d’électronique. Je me suis dit « Ah, tiens, je pourrais faire ça ». Un ami électronicien qui m’a donné des cours d’électronique sur Skype (nous étions confinés), il a mis un tableau devant sa webcam, il m’a expliqué un peu les fonctionnements et on s’est dit « On pourrait faire comme ci ou comme ça ». Voilà, c’est comme ça que je me suis lancé. »

Aujourd’hui, quels animaux vous accompagnent sur scène ?

Gus : « Alors aujourd’hui, il y a un cheval, un blaireau, un mouton, un sanglier et des corbeaux. Il y a toute une chorale de corbeaux, une partie constituée de vrais crânes, une autre faite en résine. »

Vers quel imaginaire renvoient tous ces crânes qui vous entourent ?

Gus : « Ce n’est pas une question d’imaginaire, c’est une question d’esthétique surtout. Je trouve ça beau, de voir comment sont faits les animaux. Et je trouve ça beau de les faire chanter. »

Vous-même, vous jouez masqué…

Gus : « Oui. A la base, c’est parce que je voulais avoir un micro pour pouvoir parler. Je l’ai planqué dans une mâchoire de mouton. Mais j’ai ensuite trouvé dans le grenier de mon grand-père, qui est décédé, ses anciens instruments de médecin. Il se servait pour examiner les patients de lampes, qu’il se mettait sur la tête. J’ai eu envie de m’en servir pour lui rendre hommage. »

Est-ce que tous ces squelettes qui vous entourent renvoient à l’extinction de masse à laquelle on est en train d’assister en ce moment ? Il y a de moins en moins d’oiseaux dans les champs, de moins en moins d’insectes…

Gus : « Pas spécialement. Ça ne renvoie pas directement à ça. C’est juste un hommage à tous ces animaux morts. »

Comment décririez-vous la musique que vous faites naître dans cet univers dérangeant ?

Gus : « Moi, je dis que c’est de l’abstract hip-hop. À la base, moi, je suis assez influencé par le hip-hop mais, chez moi, il n’y a pas de texte, il n’y a que des voix qui viennent d’un peu partout dans le monde et qui disent ce qu’on a envie d’entendre. Chacun se fait son histoire. C’est un peu ça le truc : ce sont des samples passés dans le désordre, qui ne prononcent pas forcément de vrais mots. Ils créent donc un langage un peu à part »

Comment réagit le public ? Est-ce qu’il adhère à votre esthétique ?

Gus : « Ah oui, oui, oui. En général, ça marche bien. Autant avec les adultes qu’avec les enfants, d’ailleurs. Les enfants n’ont pas aussi peur de la mort que nous, probablement parce qu’elle est plus loin d’eux. »

Photo de têtière : François Mauger
Pour aller plus loin...
Le site web de Les Amis Nos Morts

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