L’équipe des Maisons de l’Ecologie culturelle en pleine campagne

Si on prend le temps de les isoler, les mots « campagne présidentielle » prennent vite une tournure comique. « Campagne », vraiment ? Tout se passe dans des studios de radio ou de télévision, toujours situés à quelques kilomètres de la Tour Eiffel. L’équipe des Maisons de l’Ecologie culturelle envisage les choses autrement. Un piano dans le coffre, elle tourne actuellement à travers toute la France, passant du petit village de Bécherel, en périphérie de Rennes, à Metz, en passant par Drancy (Seine-Saint-Denis), Lunas (Hérault) ou Muttersholtz (Bas-Rhin).

« Nous épousons la dynamique de la campagne présidentielle pour parler d’écologie autrement » explique le pianiste et fondateur Patrick Scheyder. « L’écologie, on en parle quand même un peu en ce moment mais, nous, on voudrait en parler beaucoup plus. On porte le message de l’écologie culturelle dans tous les territoires, des villes (on a fait deux événements à Paris) aux petits villages. On va vraiment dans des endroits très différents. Parfois, ce sont des Maisons de l’Ecologie culturelle ; parfois, ce sont des lieux qu’on découvre. »

« Nous proposons des journées en deux parties : une après-midi puis une soirée » continue-t-il. « L’après-midi est généralement consacrée à une rencontre avec les citoyennes et les citoyens, qu’on peut croiser dans la rue, dans un marché ou dans un parc. On rencontre aussi des élus pour leur montrer comment une écologie qui passe par la sensibilité, par le cœur et par les sens, peut être complémentaire d’une approche technique. On fait parfois des événements avec le neuropsychiatre Boris Cyrulnik, qui est le parrain d’honneur du mouvement, mais on organise aussi des rencontres avec des gens moins connus. Peu importe. L’idée, c’est de faire une écologie remontante. Actuellement, l’écologie est très descendante. Elle part de ceux qui, entre guillemets, « savent » : les universitaires, les scientifiques ; elle descend vers ceux qui ne « savent » pas : nous. Nous, on pense que les gens ont le droit à la parole. C’est en faisant parler tout le monde que des solutions vont émerger. C’est ce que j’appelle l’écologie ascendante. »

La tournée ne se résume pas à des discussions informelles, elle compte également des temps de spectacle. « Ce qu’on va faire à Bordeaux le 12 novembre est à cet égard assez emblématique » précise Patrick Scheyder. « On va faire une sorte de happening devant une très belle maison, la Maison Ecocitoyenne. C’est le seul bâtiment en bordure de la Garonne. J’amène un piano électrique. Il y aura avec moi Iman, le compositeur de Damso, et un jeune homme qui va lire des textes de George Sand sur la forêt de Fontainebleau. On va jouer et ouvrir le dialogue ; c’est une manière de sensibiliser les gens. Le soir, Boris Cyrulnik viendra pour un spectacle sur le thème de ce qui nous relie. La crise écologique est également une crise du lien : le lien à soi-même, le lien à ses proches, le lien aux autres et, par extension, le lien au vivant… Si tu ne ressens pas de lien avec toi-même, il serait très dur de te demander de ressentir un lien avec un ver de terre. C’est très important. Le problème est – aussi – psychologique. Il faut refonder notre rapport au vivant d’une manière générale qui comprend également notre rapport à nous-mêmes. C’est un autre trou dans la raquette de l’écologie : elle parle toujours des autres êtres vivants mais les gens ont aussi envie qu’on parle d’eux. Avec Boris Cyrulnik, notre spectacle dure 40 minutes. On alterne musique, dialogues et textes. Il est suivi d’un débat avec le public sur le thème de l’écologie culturelle. »

« Les questions du public sont très importantes » insiste le pianiste. « On voit bien que les gens ont besoin de parler. Ils voient dans les espaces de dialogue qu’aménage l’écologie culturelle un moyen de s’exprimer librement, sans être jugés, sans se faire engueuler, sans que ce soit partisan. Il y a une intense souffrance des gens, lorsqu’ils s’interrogent sur la société et sur eux-mêmes. C’est aussi ça, faire de l’écologie autrement ; ce n’est pas qu’une question de degrés, c’est une question plus large, celle de notre espèce : si on est le problème, on peut aussi être la solution. Il faut se préoccuper de nos affects. Avec Boris Cyrulnik, on travaille beaucoup sur le lien. On se demande comment rendre l’écologie attachante. »  

La réponse est à trouver lors des différentes dates de la tournée…

Photo de têtière : Cénel Fréchet-Mauger
Pour aller plus loin...
Le site web des Maisons de l'Ecologie culturelle

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