Sébastien Lejeune : « Créer son propre instrument apporte de la joie »

Avec ses lunettes sans verre et ses cheveux hirsutes, Sébastien Lejeune se donne sur les photos ou dans ses vidéos des airs de savant fou. Savant, certainement, mais absolument pas fou. Il y a une grande sagesse dans sa pratique de la récupération et de la réparation. Bien sûr, les instruments qu’il fabrique paraissent loufoques mais l’essentiel est ailleurs, dans le partage de refrains qui font rire ou de rythmes qui font danser. Le musicien présente l’évolution récente de son projet « Ecoloya »…

De quand datent vos débuts de bricoleur musical ?

Sébastien Lejeune : « Cette aventure date de mon enfance. Je suis né sur l’île de la Réunion, dans une famille très pauvre. Avec les copains, quand il fallait s’amuser, on fabriquait nous-mêmes nos jouets. On a pris l’habitude de récupérer ce qu’il restait, ce qu’on voulait bien nous laisser, pour fabriquer des voitures avec des boites de conserve. Cette idée de faire les choses soi-même, de récupérer ce qu’on trouve dans la rue ou dans les poubelles, m’est revenue à l’âge adulte. En 2011, je me suis aperçu que ça me manquait, le fait de bricoler, de fabriquer des choses. Il ne s’agissait plus de fabriquer jouets mais des instruments (même s’ils peuvent être vus comme des jouets). »

On dit d’ailleurs « jouer de la musique ». Quels instruments avez-vous fabriqué ?

Sébastien Lejeune : « Le premier instrument que j’ai eu envie de fabriquer était un kayamb. Le kayamb, c’est le shaker de l’océan Indien. C’est un instrument rectangulaire. Normalement, il est constitué de tiges de canne à sucre, avec des graines à l’intérieur. Moi, j’ai eu envie d’en fabriquer un en carton. J’ai commencé à aller dans les déchetteries, pour voir comment on peut convertir ce qu’on trouve dans les poubelles en instrument. Après quelques recherches, j’ai pu fabriquer cet instrument qui m’accompagne maintenant dans les concerts. Il m’accompagne dans mes rencontres avec différents publics. Je travaille beaucoup avec les groupes scolaires, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées. Cette idée de fabrication manuelle leur plait beaucoup. Créer son propre instrument apporte de la joie. »

Vous vous inscrivez dans le mouvement de la lutherie sauvage ?

Sébastien Lejeune : « J’imagine que oui, même si je suis ça de loin. Doit-on parler de lutherie « sauvage » ou « alternative » ? J’hésite sur le mot exact… »

2026 semble être pour vous une année charnière : vous opérez un tournant vers plus d’électronique ?

Sébastien Lejeune : « Oui. En fait, jusque-là, le projet Ecoloya se centrait sur des ateliers. J’allais dans des établissements scolaires pour fabriquer des instruments et écrire des chansons à propos de l’écologie avec les enfants. Je l’ai beaucoup fait. En 2025, je me suis dit qu’il fallait que je présente ce projet à des festivals ou à des salles de concert. Je voulais parler à d’autres publics, parler aux adultes notamment. »

Comment réunissez-vous tous vos instruments dans ce dispositif ? Et avec quelle énergie l’alimentez-vous ?

Sébastien Lejeune : « Sur le plan de l’alimentation électrique, c’est assez simple. Depuis quelques années, j’ai récupéré des batteries et des panneaux solaires. Mon matériel consomme très peu. C’est pour ça que je fabrique moi-même mes machines : j’arrive à avoir un gros son, un son qui me plaît, en consommant moins d’un Watt. Mes outils sont autonomes : les batteries sont rechargeables. Elles peuvent tenir plusieurs concerts sans problème. Je les recharge à l’énergie solaire. Sur scène, je crée un voyage dans la transformation sonore et l’improvisation. J’utilise la transe. J’aime cette notion de répétition. La répétition des rythmes a pour moi un rapport avec la nature. La nature a des cycles. Ici, on a quatre saisons mais, dans mon pays natal, il n’y en a que deux. Ce côté cyclique m’intéresse beaucoup. L’objectif est de créer des textures, du relief sonore et beaucoup de percussions… »

Quand ferez-vous le tour de France pour présenter cette version d’Ecoloya ?

Sébastien Lejeune : « En fin d’après-midi, j’ai rendez-vous avec un chargé de diffusion. Je pense passer l’année prochaine sur la route. Je vais aller dans l’océan Indien d’octobre à décembre 2027. On est en train de préparer cette tournée avec différents partenaires. Un EP va sortir fin novembre. Je pense que c’est un projet qui peut parler à pas mal de gens, puisqu’il est sculpté de façon à être dansant. Ce projet consiste à danser sur les cendres de l’humanité. On est arrivé à un point où, pour moi, il est très difficile d’imaginer autre chose que sa fin. Je me suis dit qu’il ne fallait pas que cette fin soit triste. Allons danser dessus ! Dans mon programme de concert, le dernier morceau s’appelle La Genèse, parce qu’il s’agit d’un renouveau, d’un nouveau cycle auquel l’humanité ne prendra pas part. Les dinosaures ont bien quitté la planète. Pour créer la musique, j’ai des images en tête, dont celle de ce futur cycle. »

Photo de têtière : Olivier Delmée (via Pixabay)
Pour aller plus loin...
Le site web de Sébastien Lejeune

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