Blue Planet : la musique classique indienne prend la clé des champs

Pour un très grand nombre d’Indiens, le monde est né d’un son, « Om », émis par Brahmâ. D’ailleurs, la majorité des dieux du panthéon sont associés à un instrument de musique : Shiva au tambour dameru, Sarasvati à la vînâ… Cette cosmogonie explique le pouvoir que la musique a toujours exercé en Inde. Dans les temples et à la cour des puissants se sont développées des formes musicales savantes qui peuvent être aujourd’hui qualifiées de « classiques » même si elles reposent en grande partie sur l’improvisation.

En marge de la musique « pop » qu’exporte Bollywood, loin également des musiques populaires des très nombreuses minorités de ce pays hors normes, la musique classique indienne jouit d’un certain prestige. Elle est enseignée à l’université. Ses interprètes sont invités à la All India Radio, la radio nationale. Des festivals leur sont dédiés. Les virtuoses de ces genres – on compte deux grands familles musicales : hindoustanie au nord, carnatique au sud – sont donc peu habitués à jouer aux côtés de pêcheurs ou de paysans, à la lisière d’une forêt ou sur une plage.

C’est pourtant ce que leur propose le festival Blue Planet depuis décembre et jusque fin mai. Cet événement propose 21 concerts de quelques-uns des plus grands maîtres actuels dans des décors naturels à travers tout le pays. L’initiative est inspirée de la campagne écologiste Amche Mollem, qui a vu scientifiques, juristes et artistes s’unir pour défendre les forêts du Mollem National Park, à Goa. La productrice Devina Dutt, de First Edition Arts, a suivi ce combat de près et a convaincu les artistes qu’elle fréquente de s’engager à leur tour pour la préservation de la nature.

Les concerts se déroulent à proximité d’habitats naturels menacés. Le chanteur carnatique T.M. Krishna s’est par exemple produit à Angangba, un village du Nagaland, en décembre. Cette région montagneuse au nord-est de l’Inde est l’une des moins développées du pays. Avant le concert, les musiciens ont pu s’entretenir avec Sethrichem Sangtam, un militant de la Better Life Foundation, qui tente d’introduire des pratiques agricoles plus durables que la tradition de culture sur brûlis locale.

D’autres concerts ont lieu dans des lieux tels qu’une forêt tropicale du Kerala ou la côte d’Anjuna à Goa. Ils sont notamment donnés par Budhaditya Mukherjee, Ashwini Bhide Deshpande, Mohi Baha’ud-din Dagar, Waseem Ahmed Khan, Venkatesh Kumar, Abhishek Raghuram, Ulhas Kashalkar, Debashish Bhattacharya… Tous les concerts sont filmés puis diffusés sur la plate-forme Shaale.com.

Leur intérêt est triple. Les prestations des musiciens sont souvent, selon les organisateurs, très différentes de celles qu’ils donnent d’ordinaire dans des salles de concert. Les images diffusées par la suite sensibilisent les mélomanes indiens à la nécessité de préserver l’environnement. Enfin, ces concerts sensibilisent aussi les musiciens eux-mêmes, parfois partis jouer sans avoir une conscience très claire des enjeux. L’une des ambitions de Blue Planet était de « mettre en évidence les liens entre la situation de la planète et l’écologie de la musique classique ». Un objectif visiblement en passe d’être atteint, ce qui augure d’autres projets passionnants rapprochant nature et culture…

Photo de têtière : affiche du festival Blue Planet
Pour aller plus loin...
Le site web de First Edition Arts
Le plate-forme Shaale.com

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