Le désastre du streaming

La musique a toujours semblé le plus immatériel des arts. Depuis l’apparition du streaming, cette sensation d’immatérialité se renforce encore. Finies, en effet, les chaînes hi-fi qui trônaient dans le salon ou les lecteurs portables qu’on emmenait en vacances. La musique est désormais diffusée par des objets du quotidien qui servent à mille autres choses, les téléphones et les ordinateurs. Finis également les disques et même les achats : il suffit de tapoter du doigt sur l’icône du service auquel on est abonné (Spotify, Apple Music, Deezer, YouTube Music, Qobuz, Tidal…) pour accéder à des dizaines de millions d’enregistrements.

Les infrastructures servant à la diffusion de la musique n’ont pas pour autant disparu, elles ont juste été délocalisées loin des yeux (et du cœur) des consommateurs. Greenpeace le rappelle : le réseau qui permet de se connecter ainsi à une sorte de discothèque idéale « n’est pas « immatériel » : il est composé d’une multitude d’équipements informatiques (ordinateurs, câbles, antennes, etc.), qui permettent de stocker et de transférer des données (…) vers nos terminaux domestiques. Toutes ces technologies numériques doivent être fabriquées et alimentées, générant un coût énergétique important. »

Le sentiment général est que le streaming reste malgré tout moins polluant que le commerce du disque qui l’a précédé. Kyle Devine, un chercheur du département de musicologie de l’université d’Oslo, démontre l’inverse dans un livre de 2019, Decomposed, The Political Ecology of Music. Bien sûr, les disques étaient faits d’incroyables quantités de plastique : 127 millions de tonnes pour le vinyle lors du pic des ventes de ce support, en 1977 ; 134 millions de tonnes pour le CD au sommet de sa popularité, en l’an 2000. Mais, si on les convertit pour pouvoir les comparer à la situation actuelle, ces données révèlent que le streaming émet deux fois plus de gaz à effet de serre. Aux seuls Etats-Unis, le stockage et la diffusion des fichiers audio ont généré entre 200 et 350 000 tonnes de gaz à effet de serre en 2016. C’était il y a plus de quatre ans. Spotify n’avait alors que 100 millions d’utilisateurs. Depuis, ce chiffre a plus que doublé. Le streaming ne cesse de se développer. Les émissions de gaz à effet de serre aussi…

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Photo : Cénel et François Mauger

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