La face sombre du vinyle

On le croyait dépassé, le disque vinyle s’offre un retour retentissant. Ses ventes en France ont quintuplé entre 2013 et 2018, atteignant les 4 millions d’exemplaires neufs vendus. Associé à un mythique âge d’or des musiques populaires, il incarne pour nombre de mélomanes des valeurs qui les rendent infiniment plus désirables que des fichiers informatisés : une certaine rareté, très recherchée à l’heure de la multiplication infinie des contenus, une incontestable personnalisation (la majorité des ventes se fait sur les conseils d’un disquaire spécialisé), une forme d’historicité…

Le disque vinyle semble en effet un fossile des années 60 ou 70. Le musicologue Kyle Devine raconte ainsi sa visite d’une usine états-unienne de vinyles dans un article confié au quotidien britannique The Guardian : « des dizaines de machines hydrauliques tournent jour et nuit dans un fracas de métal. Elles remplissent un bâtiment de la taille d’un pâté de maison, dans un concert de sifflements et de cliquetis. Il s’en dégage des senteurs aigres-douces de graisse chaude et de plastique fondu. On dirait des reliques d’un autre âge, et c’est effectivement ce qu’elles sont. La technologie du pressage de disques n’a pas changé depuis un siècle et ces machines elles-mêmes ont plusieurs décennies. »

Mais ce qui n’a pas changé non plus depuis 1948, c’est la matière première utilisée, le chlorure de polyvinyle (en abrégé PVC). Conçu à partir de pétrole et de sel de mer, ce polymère thermoplastique est produit dans diverses usines, dont une société française, Résinoplast, qui détenait en 2016 25 % du marché mondial, et une société thaïlandaise, TPC, épinglée par Greenpeace pour ses rejets dans la rivière qui la borde. Kyle Devine a tenté de visiter cette usine mais n’y a pas été autorisé. Le vinyle a lui aussi sa face sombre…

Pour continuer...
Lire Changer la formule des vinyles et des CDs
Lire l'interview de Harm Theunisse, le dirigeant d'une société néerlandaise qui presse des vinyles avec un composant qui n'inclut ni PVC ni phtalates.
Photo : Cénel et François Mauger
Pour aller plus loin...
Bilan 2018 du marché de la musique enregistrée
http://www.lhebdoduvendredi.com/article/24560/resinoplast-remoise-et-n%C2%B01-mondial-du-vinyle https://www.theguardian.com/music/2020/jan/28/vinyl-record-revival-environmental-impact-music-industry-streaming http://www.greenpeace.to/greenpeace/wp-content/uploads/2011/05/Vinythai_TPC_MapTaPhut_Report.pdf

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