Les images de fin du monde saturent nos écrans. Tsunamis, collision avec des astéroïdes, tremblements de terre, changements climatiques soudains, triomphe de robots, attaques de zombies… Chaque année, de nouveaux films catastrophe nous préparent au pire. En littérature également, les dystopies abondent, dans le sillage de 1984. L’apocalypse est un peu plus rare en musique, mais pas inexistant. Une bonne raison de s’arrêter sur l’album qu’une jeune productrice de musique ambient, Ross (Rossana Uribe Rodríguez de son nom complet), nous envoie depuis la Colombie. Ses Canciones del fin (« Chansons de la fin ») sont des berceuses muettes qui anticipent le dernier jour de tout ce qui a jadis vécu. Elle en parle…
Êtes-vous convaincue que l’effondrement est inévitable ?
Ross : « J’en suis convaincue, car il se produit en ce moment même. Sous nos yeux, les écosystèmes, les États, les océans, les systèmes économiques et l’illusion d’une « humanité » s’effondrent. Nombreux sont ceux qui ne perçoivent pas clairement – ou qui choisissent peut-être de ne pas voir – l’imminence du désastre, en partie parce que la chute est insidieuse, lente, progressive, presque onirique, à l’image de la mort elle-même. Mais, pour moi, la crise planétaire et la sixième extinction de masse sont bel et bien une réalité présente et future. »
Votre musique est très délicate. Cet album est-il un adieu au monde qui vous entoure ? N’avez-vous pas peur de sa disparition ?
Ross : « Bien sûr que je crains d’être témoin, en direct et en 4K, des conséquences du déséquilibre écologique planétaire, et je ressens dans mon corps le vertige d’un monde qui commence à s’effondrer peu à peu. Mais je trouve refuge dans la beauté et la subtilité, dans l’émerveillement du monde non-humain, ou plus qu’humain, dans les montagnes et le vent. C’est pourquoi la douceur et la douleur se rencontrent et s’entremêlent sur cet album. »

L’effondrement est-il un sujet de conversation courant à Medellín et, plus généralement, en Colombie ?
Ross : « Très peu de gens parlent d’effondrement, de cette idée de catastrophe écologique planétaire, ici. Ce n’est ni un sujet courant ni un sujet d’actualité. Et il semble qu’à l’échelle mondiale, le doute, la peur et le déni soient très présents concernant le changement climatique et notre rôle dans ce phénomène. C’est pourquoi j’attends si peu de l’humanité : peut-être seulement l’étreinte de mes amies et de belles chansons. »
Photos fournies par Ross