Mieux vaut savoir d’où l’on vient si l’on veut être sûr d’avancer dans la bonne direction. A 67 ans, Patrick Scheyder revient sur ses traces. Ce « pianiste dans l’herbe », comme il aime se présenter, n’égrène pourtant pas ses principaux titres de gloire, ses prestigieux enregistrements des Polonaises de Frédéric Chopin ou de Mazeppa de Franz Liszt… Après avoir évoqué une enfance parisienne heureuse, dans une famille de restaurateurs de chaises, il préfère sauter les années jusqu’à un épisode relativement récent : le chapiteau sous lequel il devait donner un concert en duo avec l’accordéoniste Marc Perrone s’étant envolé, il a joué en plein air. Une révélation : « Nous étions radieux, avec les bruits de la vie autour de nous. Incroyablement bruyant, oui. Et nous, incroyablement détendus, spontanés. Et totalement populaires. Les promeneurs, les enfants profitaient du son en flânant, en jouant. Nous dépassions le cercle des connaisseurs ». S’en suit une série de pas de côté, pour qui considère une carrière de façon très classique, qui étaient surtout des pas en avant. Patrick Scheyder joue devant les châteaux de la Loire, se passionne pour George Sand, rencontre le paysagiste Gilles Clément, contacte les services des espaces verts de toute la France…

Le cœur de l’ouvrage n’est cependant pas autobiographique. La grande question de l’auteur est « comment l’art et la culture peuvent être utiles en écologie ». « L’art est la matérialisation de la sensibilité », écrit le pianiste, qui ajoute « La culture est de tout temps le moyen majeur de vulgarisation, d’adaptation et d’adoption d’une idée ». Ses phrases sont courtes et sonnent comme des slogans : « Les artistes sont les petites mains du bonheur » ; « L’écologie semble s’être enfermée dans des idées. Alors qu’en réalité, elle est très concrète. Il est donc temps de la montrer matériellement » ; « Un projet de société doit être proposé et débattu. Ce projet doit nous appartenir ». C’est cette dernière question, celle d’une écologie populaire, qu’il creuse le plus profondément : « Si l’écologie n’attire pas les classes populaires et moyennes, et si les jeunes sont partagés, ce n’est pas sans raison » explique-t-il. « Pour que l’écologie parle à tout le monde, elle doit faire preuve d’humilité. Si les gens n’en veulent pas, ce n’est pas parce qu’ils ne sont pas écolos. C’est parce qu’ils ne veulent pas qu’on leur dicte quoi faire. Ils veulent d’abord être écoutés et respectés ».
Des idées qui donnent envie d’assister à un spectacle de Patrick Scheyder avec l’arboriste Thomas Brail ou d’aller voir ce qui se trame dans les « Maisons de l’Ecologie Culturelle », un réseau qu’il a fondé avec le géographe Nicolas Escach et le prospectiviste Pierre Gilbert…
Photo de têtière : François Mauger
Pour aller plus loin...
Le site web du mouvement de l'Ecologie culturelle