[Université Paris 8] Hanna Tuulikki : Portrait d’une artiviste écologiste multiple

En 2026, l'équipe de 4'33 Magazine poursuit sa collaboration avec des étudiantes et des étudiants de l'Université Paris VIII, dans le cadre du cours de Makis Solomos sur la dimension écologique de certaines pratiques musicales. Plusieurs étudiantes et étudiants ont souhaité écrire un article. Nous publions ici celui de Pablo Rolain.

Travaillant entre nature finlandaise et écossaise, l’artiste plurielle Hanna Tuulikki tente de redéfinir les liens entre humains et non-humains en passant notamment par un travail profond sur la voix humaine et les chants d’oiseaux. À travers l’une de ces pièce phare, The bird that never flew, Hanna Tuulikki tente de connecter le monde humain à celui des oiseaux, ce qui devient un acte de résistance écologique.

Hanna Tuulikki est née en 1982 à Brighton en Angleterre. C’est une artiste britannico-finlandaise basée actuellement à Glasgow. Sa pratique est très variée, elle est à la fois compositrice, performeuse, plasticienne, artiste d’installation et produit aussi du field recording. Son double héritage est le moteur de sa pratique, mêlant les paysages écossais à ceux de la Finlande. Son parcours à l’académie des beaux-arts de Glasgow dans la spécialisation « Environmental Art » indique que sa pratique se centre autour des questions écologiques, c’est ce sujet qui fait socle dans son travail.

D’un point de vue musical, Tuulikki ne semble pas avoir emprunté le chemin classique prestigieux des conservatoires européens. Cela explique beaucoup son rapport au son et à la musicalité. Tuulikki ne semble pas contrainte par des principes de composition classique, elle aborde le son avec une grande liberté, tant dans les conventions que dans les sujets, le propos. Elle semble se servir de la musique pour créer des liens entre les différentes espèces, sans trop se soucier de la finalité esthétique.

Son travail s’articule autour de plusieurs grands axes :

  • La voix et le geste : qu’elle utilise pour reproduire, se rapprocher des sons et des mouvements non-humains.
  • Le mythe et le folklore : étude sur les relations existantes entre le corps et les histoires populaires, toujours situées dans des environnements et des lieux spécifiques
  • L’engagement écologique : toujours au centre de sa pratique, l’écologie organise sa pensée et son propos artistique

L’œuvre d’Hanna Tuulikki est intrinsèquement militante. Elle se positionne avant tout comme une artiste engagée, nous pouvons nous permettre de dire que c’est une « artiviste ». Tuulikki ne met jamais de distance entre la nature et sa création, au contraire ce sont les sujets environnementaux qui sont au service de son propos artistique. Selon ses principes compositionnels, c’est l’humain qui doit tenter de se rapprocher de la nature. La composition a souvent essayé de reproduire les sons non-humains ; dans son travail on sent que cela est strictement inversée, c’est l’humain qui doit être en phase avec son environnement.

Cela est tout à fait remarquable dans l’une de ses pièces majeure The bird that never flew (« l’oiseau qui n’a jamais volé ») composée en 2023, commandée par l’institution « Historic Environment Scotland ». Le projet tire son origine du mythe écossais de Saint-Mungo, qui aurait redonné vie à un rouge-gorge mort. À partir de ce mythe, Tuulikki tisse un lien étroit entre « lamentations sacrées » et protestation écologique. Sa volonté est de traduire les cris d’oiseaux menacés en un chant de résistance, de lutte environnementale. L’enregistrement de la pièce s’est déroulé dans un lieu chargé en symbolique, la cathédrale de Glasgow, aussi appelée « cathédrale de Saint-Mungo », qui abrite son tombeau. En fusionnant les voix humaines aux chants d’oiseaux, Tuulikki crée un espace de résonance dans un lieu historique devenant un sanctuaire pour le vivant. Cela crée une forme d’égalité entre les sociétés humaines et non-humaines. La voix est au service des oiseaux et reconnecte les espèces dans un respect profond, essayant d’évacuer la domination de l’homme sur la nature.

L’œuvre d’Hanna Tuulikki devient donc nécessaire dans un paysage artistique encore peu concerné par les questions environnementale. À travers des pièce comme The bird that never flew, Tuulikki nous rappelle que les engagements écologiques peuvent se situer dans chaque discipline, chaque forme, et que l’art a cette ambition de reconnexion entre les êtres vivants.

Photo de têtière : François Mauger

Pour aller plus loin...
Le site web du département musique de l'université Paris VIII

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *