Issu du groupe de rock expérimental Animal Collective, Brian Weitz aurait pu choisir un pseudonyme zoologique mais des souvenirs de l’université et la lampe frontale qu’il porte en concert pour pouvoir manier ses équipements électroniques lui ont valu le surnom de « Geologist ». Geologist continue de collaborer avec son groupe d’origine, qui a récemment fait paraître un album studio, Isn’t it now ?. Il travaille également en duo avec Avey Tare, le guitariste d’Animal collective, avec lequel il a publié Croz Boyce au printemps. Mais Brian Weitz s’éloigne également parfois de ses compagnons initiaux. Il se rend notamment régulièrement en Californie, dans le parc national de Joshua Tree, pour y retrouver son ami le plasticien Kyle Simon.
Inspirés par l’Integratron, un édifice local construit à la fin des années 1950 pour communiquer avec des extraterrestres et voyager dans le temps, ils bricolent de concert télescopes et synthétiseurs. « Le télescope est équipé de capteurs optiques et de détecteurs photosensibles appelés photodiodes » explique Kyle Simon dans les notes de pochette de l’album à venir. « Lorsque je braque le télescope vers différents objets du ciel nocturne, il capte la lumière des étoiles, de la lune et des planètes. Cette lumière brute est convertie en signal électrique par un amplificateur analogique, puis transmise au système de synthèse modulaire de Brian sous la forme d’un signal capable de moduler la hauteur tonale, le filtrage, le rythme et d’autres éléments sonores en temps réel ».
Entre les deux amis, c’est une partie de ping pong qui se joue. Kyle Simon ajuste le télescope pour faire varier l’intensité lumineuse en fonction de la position des astres, à la façon d’un joueur de thérémine qui déplacerait ses mains subtilement. Au pied de l’observatoire, Brian Weitz lui répond en réagissant à ces données en temps réel, en les modulant, en les amplifiant ou en les laissant s’exprimer telles quelles.
Geologist et son ami avaient déjà tiré de ce dispositif les éléments d’une installation sonore révélée en 2018. Aujourd’hui, c’est une longue composition qui voit le jour, radicalement singulière, certes, mais assurément lunaire. Elle s’ouvre par le bruit du télescope qui se tend vers le ciel avant que des sirènes célestes ne se mettent à chanter.
Pythagore rêvait d’une musique des sphères, Geologist et Kyle Simon en donnent leur version.
Photo de têtière : Kanenori (via Pixabay)