« Eden » : Joyce DiDonato rêve de jardins

Enfermez chez elle l’une des chanteuses d’opéra les plus populaires. Empêchez-la de se produire sur scène pendant plusieurs mois. Laissez-lui le temps d’observer les fleurs de son jardin qui croissent et éclosent… Et vous obtiendrez Eden, le nouvel album de Joyce DiDonato, esquissé pendant la pandémie de Covid.

La mezzo-soprano états-unienne n’en est pas à son premier combat. Désormais quinquagénaire, elle s’est engagée ces dernière années en faveur d’une réforme des prisons, de l’accueil des réfugiés, de l’éducation musicale pour le plus grand nombre et de la paix (album In War and Peace, 2016). La nature lui a pourtant inspiré un projet d’une plus grande ampleur que par le passé. Après la parution de son disque chez une filiale de Warner Music commence une tournée de plus de 40 dates à travers l’Europe et l’Amérique du Nord. Dans chaque grande ville visitée, un chœur d’enfants est impliqué au travers de l’International Teaching Artists Collaborative (ITAC) et parfois invité à monter sur scène. Chaque spectateur se voit, de son côté, remettre un sachet de graines locales, grâce à un partenariat avec la Botanic Gardens Conservation International (BGCI).

Et la musique dans tout cela ? Elle est d’une audacieuse diversité… Le disque s’ouvre sur The Unanswered Question de l’Américain Charles Ives, une pièce instrumentale de 1908 sur laquelle la chanteuse lyrique s’attribue la partition de la trompette. Une création lui succède. La compositrice anglaise Rachel Portman a en effet écrit The First Morning of the World spécialement pour ce projet, sur des paroles du poète Gene Scheer. Puis la mezzo-soprano s’appuie sur la surprenante souplesse de l’ensemble baroque Il Pomo d’Oro pour louvoyer entre répertoire moderne (Richard Wagner, Gustav Mahler, Aaron Copland) et baroque ou classique (Francesco Cavalli, Christoph Willibald Gluck, Georg Friedrich Haendel). Si ces grands écarts répétés ont donné le tournis à une partie de la presse spécialisée, ils sont l’occasion de découvrir ou de redécouvrir des œuvres à demi oubliées, telles que l’oratorio Adamo ed Eva du Tchèque Josef Mysliveček (1737–1781).

Que feront les spectateurs de Joyce DiDonato avec leur sachet de graines ? Iront-ils planter de nouveaux jardins ? Ou, comme Adam et Eve, accepteront-ils d’être chassés du milieu qui les protégeait ? Il faudra attendre quelques décennies pour savoir quel est l’effet des nombreuses initiatives musicales en faveur de l’environnement que l’on observe en ce moment…

Photo de têtière : François Mauger

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