Schaeffer contre Schafer : composer avec le son ou être composé par lui ?

En 1948, Pierre Schaeffer crée à Paris la première œuvre « concrète », les Etudes de Bruit. Il referme sur lui-même le sillon d’un disque de cire, isolant quelques notes ainsi détachées de leur origine.

S’ouvre ainsi un infini chantier : celui de l’expérimentation sur le son enregistré. Des centaines de compositeurs s’y intéressent. Des œuvres naissent. Elles s’appuient souvent sur des sons captés dans la nature. Mais elles ne peuvent être pour autant rattachées à l’écologie sonore, telle que l’a conçue le compositeur canadien Raymond Murray Schafer.

Les disciples les plus zélés de Schaeffer se concentrent sur la morphologie du son, l’arrachant à ses origines, à son contexte ; à l’inverse, les héritiers de Schafer pensent la musique en termes de relations : relations entre le son et son contexte, entre le son et le compositeur, entre le contexte et l’auditeur, entre l’art et la société…

Le musicologue Makis Solomos explique que la différence s’entend « dans les sons eux-mêmes » : dans la musique concrète et ses nombreux dérivés, ils « sont utilisés et constituent des «matériaux» », alors que, chez les adeptes de l’écologie sonore, « l’auditeur et le musicien sont en quelque sorte utilisés par les sons ». Il cite d’ailleurs le compositeur canadien Barry Truax, qui lors d’une rencontre de l’Institut international de musique électroacoustique de Bourges, disait : « Quand on capte sur une bande ce que l’on appelle parfois du son « brut » et qu’on le soumet à des traitements – que ce soit pour obtenir des effets sonores ordinaires ou la matière abstraite de l’approche acousmatique –, on fait appel à un procédé de fabrication à connotation industrielle ; celui-ci sous-entend que l’on compose « avec » le son pour en tirer des sensations et des effets recherchés qui en font essentiellement un produit de consommation. La composition basée sur le paysage sonore propose une démarche exactement inverse : c’est en ce sens le son qui « utilise » le compositeur, et finalement l’auditeur, du fait qu’il évoque en chacun une foule d’association et d’images ».

Composer avec ou être composé par ? La distinction est subtile et – Makis Solomos le note – Barry Truax l’exagère peut-être un peu…

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Photo : Cénel et François Mauger
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