Laura Misch : un merveilleux voyage à travers les temps géologiques

Sur la terre comme au ciel… Sample of Sky, le premier album de Laura Misch puisait son inspiration dans l’azur, parmi les nuages. Après un court disque empli de versions acoustiques, après également quelques remixes, la chanteuse publie enfin un deuxième album qui s’ancre, lui, dans le sol.

Lithic, puisque tel est son nom (« relatif à la pierre » en français), est né d’une longue période d’expérimentations dans des grottes, des carrières et le long des côtes. L’artiste a notamment enregistré la base rythmique de plusieurs morceaux sur des « Musical Stones of Skiddaw », des lithophones construits il y a près de deux siècles à partir de pierres cornéennes (« hornfell » en anglais et en allemand) trouvées dans le parc national du Lake District, au nord de l’Angleterre. Elle a également utilisé des grondements issus d’enregistrements géophoniques pour les basses fréquences de l’album.

Pour préparer l’album, Laura Misch a voyagé avec ses micros de la Cornouailles (la pointe sud-est de l’Angleterre) à l’île grecque d’Hydra, captant ici un vent violent, ailleurs le mouvement de la mer, ailleurs encore l’écho renvoyé par les falaises. Partout, elle a tendu l’oreille, s’inspirant ouvertement du deep listening de Pauline Oliveros et des écrits de la psychothérapeute Ruth Allen ou du biologiste David George Haskell. Partout, elle a pris des notes, consignant aussi précisément ce qui l’entourait que ce qui se mouvait en elle.

Tout ce qu’elle a glané s’est empilé, comme des alluvions, en strates de son mêlées. Ecouter Lithic, c’est traverser, émerveillé, divers enregistrements de terrain mais aussi plusieurs couches de saxophone, d’arrangements électroniques, de percussions et de chants. Quelques collègues ont apporté leur savoir-faire – l’organiste Thomas Fournil, la harpiste Marysia Osu, le percussionniste Matt Davies, la violoncelliste Katt Newlon et le pianiste Alfa Mist – mais l’ensemble reste d’une simplicité toute minérale.

Shell (“coquillage”), qui a été conçue aux abords de la réserve de Dungeness, au sein d’un paysage semi-désertique pavé de galets, n’est par exemple portée que par une voix et un violoncelle.

Laura Misch y chante : « Trying to slow down in a life that is short / Still climbing mountains in my mind / I can hear the road, and it’s drowning like the sea / Until the sirens arrive / There’s a world endless inside / And she’s growing every day / And dancing in the night / So here’s the rough edges / The broken lines / All the things I used to hide / I spin out on a daily / A spiralling shell / Searching for somewhere to rest and unfurl » (« J’essaie de ralentir dans cette vie si courte / Dans mon esprit, je continue à gravir des montagnes / J’entends la route et elle se noie comme la mer / Jusqu’à ce que les sirènes arrivent / Il y a un monde infini à l’intérieur / Et elle grandit chaque jour / Et danse dans la nuit / Voici donc les aspérités / Les lignes brisées / Toutes ces choses que je cachais autrefois / Je tourne en rond chaque jour / Une coquille en spirale / À la recherche d’un endroit où me reposer et m’épanouir »).

Sa quête d’un refuge est aussi poétique qu’un voyage immobile à travers les temps géologiques qui suivrait à la fois la piste de l’humain et du plus qu’humain.

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