Electro : pas de « planète B » selon Energy Whores

Ils se réclament de « l’avant-électro » («  avant electro » dans la langue de Jeff Mills) et, effectivement, sans être retournés à l’ère analogique, les trois membres d’Energy Whores jouent une forme de musique électronique technosceptique. Ils maîtrisent pleinement leurs outils mais ne cessent de se poser des questions sur leur usage. Les productions de Grant, un pilier de la scène électro undergound new yorkaise, sont à la fois minutieuses et chaleureuses, immersives et, dans le même temps, distanciées. Carrie Schoenfeld, la cheville ouvrière du trio, qui est également réalisatrice et productrice, tire ensuite ces rythmiques vers d’autres rivages, quelque part entre pop pensante et rock d’avant-garde.

Après un album assez glaçant intitulé Arsenal of democracy, le trio publie un titre isolé, Planet B, qui illustre pleinement cette démarche troublante. « Il n’y a pas de planète B » répète Carrie Schoenfeld entre deux allusions à des « téraoctets aux dents acérées » ou à des « cartes-mères en colère ». La chanson aurait pu se terminer sur une note optimiste. Elle aurait également pu être portée par la colère. Elle choisit une autre voie, celle de la lucidité : elle entretient l’inconfort avec une grande habileté, ne laissant jamais le rythme entraînant devenir un anesthésiant.

S’il n’y a pas de « planète B », c’est parce que nos technologies sont limitées : jamais nos inventions ne nous porteront sans danger vers de bienveillantes exoplanètes. Au contraire, elles contribuent à la dégradation de la seule planète habitable. Le rappeler depuis l’un des cœurs battants de ces technologies, l’industrie mondialisée de la pop synthétique, est une façon futée de pointer du doigt les contradictions de tout un chacun.

Photo de têtière : François Mauger
Pour aller plus loin...
Le site web d'Energy Whores

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