Et si l’album de l’été s’intitulait « Nature is healing » (« La nature soigne ») ? Et s’il était signé par une jeune femme qui se fait appeler « horsegiirL » (« fiille chevaL ») ? Et si – cerise sur un gâteau vert fluo – cette artiste portait constamment un masque équin ? Hautement improbable, pensez-vous ? Bonne nouvelle : ce monde n’a pas fini de vous surprendre…

Nature is healing est le premier album d’horsegiirL. La jeune femme, dont le véritable nom serait « Stella Stallion » (« Stella l’étalon », vraiment ? Wikipedia semble parfois naïf), est basée à Berlin. Elle a déjà publié plusieurs singles, Harvest Heartbreak, Farm Fantasies, Pegasus et, en janvier 2023, My Barn My Rules (« Ma grange, mes règles »), qui a capté un temps l’attention des adeptes de Tik Tok. Nature is healing est sorti chez RCA (« Radio Corporation of America », un label de Sony Music) début juin et les chroniqueurs spécialisés lui prédisent un succès considérable.
De quoi s’agit-il ? D’abord, de 51 minutes de musique électronique hédoniste, ponctuée par des refrains enfantins. Collaborant avec d’autres producteurs de renom (A.G. Cook, Casey MQ, Margo XS…), horsegiirL produit des rythmes imparables, jetant pêle-mêle toutes les tendances du moment – jusqu’aux moins distinguées – sur la piste de danse : popcorn roumain, gabber néerlandais, happy-hardcore, Jersey club… En bref, de quoi danser béatement jusqu’à l’aube au bord de la piscine !
Que se cache-t-il derrière le masque de cheval de horsegiirL ? Une artiste complexe, sans aucun doute, plus que post-moderne, musicalement parlant : elle maîtrise les codes d’une certaine avant-garde des musiques électroniques mais n’hésite pas à jouer avec les clichés les plus éculés. Mais aussi une femme qui tient à préserver son anonymat, quitte à multiplier les fausses pistes autour de son identité. Sa prétention à être « la première créature mi-cheval, mi-humaine à avoir conquis les festivals du monde entier », où elle a créé, dit-elle, « des espaces où toutes les espèces peuvent se rencontrer » va pourtant au-delà du comique de répétition. horsegiirL glisse des coassements de grenouilles dans ses titres, programme ses claviers pour qu’ils imitent le clapotis de l’eau et assure, à la fin du morceau Nature is healing : « Je veux dédier cette chanson à chaque créature, chaque plante, chaque petit insecte de cette magnifique planète. Vous êtes extraordinaires ».
Lorsque l’auditeur surprend la chanteuse à expliquer qu’il faut manger des pommes, à s’extasier sur la démocratie chez les abeilles ou à s’attaquer à l’intelligence artificielle (sur Organic intelligence (oi)), il se dit que, s’il faut danser sur des rythmes électroniques cet été, autant que ce soient ceux-là !
Photo de têtière : Jean-Marc Sire (via Pexels)