En 2018, des marins ont filmé des scènes étranges : la musique qu’ils diffusaient sur leurs voiliers semblait attirait baleines et dauphins. Cette musique était signée par Rone, une figure majeure de la scène électronique française, qui joue sur les scènes les plus prestigieuses de la planète, de l’Olympia au Coachella Festival.
L’artiste a visionné ces images et la suite de l’histoire est un film documentaire réalisé par Valentin Paoli, La baleine et le musicien, sorti en salles le 17 juin.
L’un des protagonistes de ce long métrage est le bio-acousticien Olivier Adam. « J’avais vu les vidéos qui ont fait le buzz en montrant des skippers qui diffusaient la musique de Rone. J’avais même été interviewé à leur sujet » se souvient le scientifique. « Puis, en décembre 2023, le réalisateur Valentin Paoli m’a contacté par téléphone pour me demander ce que je pensais de l’idée du film. Moi, à l’époque, je travaillais sur l’utilisation de la musique pour réduire le stress chez les chevaux. Ça m’intéressait de mesurer l’effet de différents types de musique sur des non-humains. Je trouvais qu’un projet autour des cétacés était intéressant ».
Olivier Adam est en effet l’un des spécialistes français des vocalisations des baleines. Il a déjà poussé la compositrice Aline Pénitot à composer pour elles et les enregistrements qu’il a effectués au large de Madagascar ont beaucoup influencé la bassoniste Sophie Bernado. Pour le membre de l’équipe Lutheries-Acoustique-Musique (LAM) de l’Institut Jean Le Rond d’Alembert (Sorbonne Université / CNRS), ces échanges sont très motivants. « Je ne sais pas si j’aurais eu les mêmes dispositions il y a 20 ans » confessse-t-il. « Ce que j’ai principalement fait ces dernières années, c’est souvent de diffuser des émissions sonores d’une espèce à un individu de la même espèce, soit de diffuser des sons émis par les prédateurs, soit – principalement – des sons d’activité humaine, pour savoir comment il réagit. Cela permet de réfléchir aux nuisances sonores, aux risques de collision avec les bateaux de la marine marchande… Moi, je suis informaticien et ingénieur du son, à la base. Les scientifiques formés au siècle dernier étaient préparés assez étroitement, intellectuellement parlant. Moi, par exemple, je n’ai suivi que des cours d’acoustique, de physique ou d’informatique ; je n’ai suivi aucun cours de biologie. On ne nous formait pas à nous intéresser à autre chose que notre spécialité. Aujourd’hui, c’est quand je vais discuter avec des artistes ou avec des collègues d’autres disciplines que mon métier devient hyper-intéressant. Je suis assez motivé par les projets arts-sciences. Pour mes projets sur les cétacés, je me suis toujours entouré de personnes qui avaient des spécialités différentes des miennes, des personnes formées en génétique, en anatomie, en éthologie ».
« J’ai donc dit « Pourquoi pas ? » et j’ai rencontré Rone » conclut le bio-acousticien. « C’est quelqu’un de très respectueux, pas le genre d’artiste qui met tous les amplis à fond. Au contraire, il a passé beaucoup de temps à écouter les émissions sonores des cétacés et on a beaucoup discuté de ce qu’il était possible de faire ou de ce qu’il ne fallait surtout pas faire. Il est à l’écoute, il est très humble ; je me suis très bien entendu avec lui. J’étais soulagé de n’avoir pas à géré une espèce de fou perdu dans ses rêves ».
Qu’a donné cette collaboration arts-sciences ? Il faut aller voir le film pour le savoir…
Photo de têtière : Jules Clark (via Pexels)
Pour aller plus loin...
Le site web de Rone
Le portrait d'Olivier Adam sur le site de la Sorbonne