Depuis ses débuts, au commencement des années 2000, au sein du groupe lyonnais Kali Live Dub, Uzul (alias Stéphane Bernard) n’a cessé de faire évoluer sa musique. Passé par le dubstep et la musique trap, il a publié sur le label Jarring Effects plusieurs albums sous son seul nom. Le plus récent, Grow, ressort cet été sous la forme de CDs en série limitée, tous numérotés et dédicacés. Grow évoque la croissance des plantes et leurs amours étonnantes. Uzul explique ce choix…
Grow file la métaphore botanique. Il y est question de graines et de croissance. Comment ce sujet s’est-il imposé à vous ?
Uzul : « Au départ, je pensais prendre le nom de diverses plantes, sans grande logique. C’était mon nouveau concept, après Evolve, l’album précédent, qui portait sur le thème de l’eau. Il était très dub et incluait des bruits aquatiques, des samples liés à l’eau. C’était un disque écologique, pressé sur un vinyle en partie en granit, avec une pochette imprimée avec de l’encre de poulpe… »
Comment réalise-t-on un vinyle en granit ?
Uzul : « Dans la mélasse produite pour le disque, ils ont intégré 20 % – je crois – de granit en poudre. Ce disque était donc un disque-concept par rapport à l’eau ; je voulais continuer à parler d’écologie, je me suis tourné vers les plantes. Le disque devait être terminé avant la naissance de mon fils (je suis papa depuis 3 ans) mais il est arrivé en avance. J’ai modifié le concept pour parler de la reproduction des plantes. Les titres évoquent donc le pollen, les pistils… »
Quel regard portez-vous sur le monde qui nous entoure ?
Uzul : « Je viens d’avoir un fils et ça me stresse un peu : j’ai vraiment hésité à le mettre dans ce monde. On vit tous en direct le dérèglement climatique et l’érosion de la biodiversité mais j’essaie de garder l’espoir. Avec mon label, je vais par exemple jouer au mois d’octobre sur un système alimenté par une batterie solaire. On travaille à la décarbonation des festivals. On essaie de ne pas trop consommer et de faire passer des messages. On ne se lamente pas, on essaie plutôt de réagir à notre échelle pour essayer de faire changer les choses. On sait bien que ce serait plutôt là-haut, dans les gouvernements, qu’il faudrait des changements mais en parler, échanger à ce propos fait réagir le public. Parfois, il a l’impression que ce n’est pas son problème. Il faut nourrir sa réflexion… »
Des messages subliminaux se glissent dans votre musique, des phrases répétées qu’il n’est pas évident de saisir… Que disent-elles ?
Uzul : « Il y a pas mal de samples… Déjà, il y a les cris de mon enfant, que j’ai enregistrés dès qu’il est sorti du ventre de sa mère. J’ai également créé des messages par rapport à l’écologie. C’est assez masqué. La différence entre la techno et la dance, c’est qu’il n’y a pas de chant et que les voix sont plutôt séquencées. Une personne a des fois l’impression d’entendre un truc, une autre personne autre chose. Il y a effectivement un côté subliminal. Moi, je suis politisé depuis longtemps mais ce que je donne au public, c’est plutôt un moment d’évasion ou de relâchement. Je ne veux pas qu’il se prenne la tête. Sur ce disque, j’ai invité une chanteuse, Onäji, qui a écrit une chanson autour des plantes et mon infographiste a réalisé plusieurs vidéos montrant des plantes qui grandissent. »
Quelle suite pensez-vous donner à ce projet ?
Uzul : « Le prochain album aura certainement une autre thématique de ce genre. J’ai travaillé sur l’eau, sur les plantes, je vais essayer de chercher un autre concept, du côté de la prise de conscience, de l’écologie. Avant, j’étais chanteur, je parlais vachement au public. Aujourd’hui, je fais de la musique instrumentale mais je tiens à continuer de porter un message. »
Photo de têtière : François Mauger
Pour aller plus loin...
Le site web d'Uzul
Le site web de Jarring Effects