A chaque rentrée, le festival Paysages composés de Grenoble permet de découvrir des artistes trop peu médiatisés. C’est le cas cette année du sculpteur et compositeur Tony Di Napoli qui travaille autour des pierres depuis plus de 30 ans. Ses installations sonores se retrouvent dans les collections de musées de Liège à Lyon. Il s’implique dans des dialogues entre arts et sciences avec des géologues et des archéologues. Surtout, il invente régulièrement de nouvelles façons de faire sonner les minéraux, comme avec le projet « Put yourself in a stone’s shoes » qu’il présente le 12 septembre à Grenoble…
D’où vous vient votre passion pour les lithophones ?
Tony Di Napoli : « Cette passion est née dans un atelier de sculpture, à Liège. J’ai fait l’école des beaux-arts de Saint-Luc de Liège, en Belgique. C’est dans son atelier que j’ai rencontré la pierre, d’abord en la taillant, puis en la faisant sonner. Il y avait dans cet atelier une pierre spécifique, le calcaire de Vinalmont, qui sert pour les constructions de la région liégeoise. J’ai eu envie de tester sa sonorité et tout est parti de là, vers 1989 ou 1990. »

Cette passion vous a fait voyager jusqu’à Hô Chi Minh-Ville…
Tony Di Napoli : « Oui, j’ai fait ce voyage en 2002. Avant cela, je me demandais s’il y avait d’autres personnes qui jouaient sur des pierres. Je suis allé dans différentes bibliothèques de Bruxelles ou au Musée de l’Homme à Paris, parce qu’il n’y avait pas encore vraiment Internet. J’ai découvert qu’il y avait des traditions dans le monde entier. J’ai lu un article du musicologue Trần Văn Khê, qui parlait d’un instrument découvert au Vietnam en 1959, exposé depuis au Musée de l’Homme, ainsi que d’autres instruments vietnamiens. J’ai rencontré Trần Văn Khê, parce que ce qui m’intéressait, dans cette recherche, c’était aussi de faire des rencontres. Il m’a conseillé d’aller au Vietnam. Grâce à une bourse de la Fondation Spes, j’ai pu étudier pendant 9 mois les lithophones dans ce pays. J’ai voyagé d’Hô Chi Minh-Ville à Hanoï, en répertoriant les instruments préhistoriques autant que contemporains et en les enregistrant. »
Qu’est-ce qui vous intéresse tant dans le monde minéral ?
Tony Di Napoli : « La pierre est une matière assez dure, assez pérenne. En réalité, elle est éphémère, mais sur des temps qui nous échappent, sur des millions d’années. Ma rencontre avec la pierre a d’abord été une rencontre en tant que sculpteur et elle a été assez forte. Ce qui m’intéresse, aujourd’hui, c’est que le son des pierres est éphémère. Cette cohabitation entre l’éphémère et le pérenne me passionne. Les sons que le calcaire de Vinalmont produit sont de purs sinus, proches des sinus électroniques. Ils sont très riches en harmoniques, en partielles. Le contraste entre cette matière qui a des millions d’années et ces sons contemporains me donne énormément de choses à explorer. »
Quelle est la particularité de votre nouveau spectacle, « Put yourself in a stone’s shoes » ?
Tony Di Napoli : « Ce nouveau programme est une composition pour lithophone, électronique et voix. Depuis quelques années, je développe un projet avec de l’électronique. Au travers de vibreurs, j’envoie des sons dans six pierres. J’enregistre la pierre puis j’envoie le son enregistré dans la pierre même, qui se met à vibrer. Autre particularité : j’utilise un micro laryngophone et je chante aussi pour faire vibrer la pierre à distance. Les vibrations de mon corps alimentent les vibrations de la pierre. Je dois chanter la note exacte de la pierre. »
Vous n’êtes pas le seul à jouer avec des pierres au festival Paysages composés, il y a aussi Lucy Charpie, qui collabore avec un chercheur en géosciences. La pierre est-elle en passe d’être à la mode ?
Tony Di Napoli : « Je crois avoir vu Lucy Charpie aux Instants chavirés. Il y a quelques musiciens qui jouent sur des pierres. Je trouve ça chouette de pouvoir les rencontrer. Mais ça reste singulier, par rapport aux instruments traditionnels. On en parle plus maintenant qu’il y a 20 ou 30 ans, grâce à un précurseur, l’allemand Elmar Daucher, qui a été un pionnier des sculptures sonores. Mais on ne peut pas parler d’une « mode ». »
Photo de têtière : François Mauger
Photo de l'artiste : Ensemble Calliopée
Pour aller plus loin...
Le site web de Tony Di Napoli
Le site web du festival Paysages composés