Pour certains, c’est devenu le rendez-vous de la rentrée : le festival « Paysages composés » multiplie les propositions artistiques à Grenoble dès la mi-septembre. Cette année, l’événement aura précisément lieu du 11 septembre au 4 octobre, avec quelques avant-premières dès le 5 septembre. Cette sixième édition mêlera comme à l’accoutumée musiques expérimentales et expériences d’écoute des milieux naturels et urbains, sous l’inspiration d’artistes tels que Philippe Festou, Iris Kaufmann, Tony Di Napoli, Laurence White, Lionel Garcin ou Lucy Charpie. Alessandro De Cecco, le directeur artistique du festival, explique sa démarche…
J’ai compté une trentaine d’artistes dans la programmation. Quels sont leurs points communs ?
Alessandro De Cecco : « En fait, ils sont bien plus nombreux que ça, parce qu’il y a des artistes individuels mais aussi de grands ensembles. Pour certains projets, il y a entre 6 et 9 musiciens ou musiciennes sur scène ! Dans la continuité des précédentes éditions, l’idée, c’est de mettre en avant des projets de création musicale, dans le domaines des musiques mixtes, des musiques improvisées ou des musiques acousmatiques. Ces projets interrogent en particulier les questions écologiques et notamment les recherches autour de l’écoute des milieux, au sens large, qu’on désigne par les mots « écologie sonore » dans le sous-titre du festival. L’idée est de rassembler toutes les formes de recherche sonore qui se situent dans le champ des musiques de création, des musiques expérimentales, mais qui portent aussi de nouvelles formes de sensibilité au milieu vivant. »

Pendant tout le festival, vous allez régulièrement occuper l’espace public. Comment réagissent les Grenobloises et les Grenoblois ?
Alessandro De Cecco : « Certaines créations sont effectivement in situ. Les artistes investissent un lieu particulier, choisi en fonction de ses résonances, de ses spécificités. Entrer en contact avec le public pas le biais du sonore, c’est leur proposer une autre manière de vivre les lieux, les milieux qu’ils traversent au quotidien. L’écoute est vraiment centrale dans tout ce qu’on propose. Le public peut être en même temps un public averti, qui vient spécifiquement pour la performance, et un public habitué à un lieu. Nous invitons le public le plus large possible à faire des expériences d’écoute qui sont, il faut le dire, décalées et un peu pointues, mais en même temps très accessibles parce qu’on s’adresse à un public qui est déjà présent. »

J’ai l’impression que, d’année en année, le nombre d’artistes va croissant. Avez-vous le sentiment de répondre à une demande d’espaces pour d’autres formes musicales ? Votre festival est-il le miroir d’une nouvelle scène musicale ?
Alessandro De Cecco : « Effectivement, le festival grandit. Cela ne se limite pas au nombre de musiciens, cela concerne aussi la durée : plus de musiciens signifie logiquement plus de dates et plus de lieux investis. On a de vraies salles de concerts, des lieux intérieurs qui ne sont pas forcément dédiés aux représentations artistiques et des lieux extérieurs, comme des parcs. On essaie de mettre en lumière des démarches artistiques qui sont sous-représentées. Elles se placent déjà dans une niche, qui est celle des musiques de création, que peu de lieux accueillent, que ce soit pendant les saisons ou les festivals. Nous, on invite les artistes à produire et à enrichir leurs recherches autour des thématiques qu’on aborde, notamment l’écologie sonore, c’est-à-dire, au sens large, l’attention au milieu. Depuis 2 ou 3 ans, le festival développe et soutient les projets en amont de la création. Ça passe par des accueils en résidence : on lance des appels à candidature pour que des artistes préparent de nouvelles œuvres, dont la première représentation publique se fait dans le cadre du festival. Cette année, il y en aura 6. Il y a aussi des appels à œuvres pour collecter, à l’échelle mondiale, des pièces acousmatiques. Cette année, par exemple, notre appel a reçu 344 réponses. Environ 70 pièces ont été retenues pour notre programme acousmatique. Le troisième volet est celui de la commande. Cette année, on a pu passer 2 commandes, à un compositeur et une compositrice, avec la consigne de porter notre réflexion, notre sensibilité aux milieux. Leur œuvre s’inscrit donc dans le champ de l’écologie sonore. On a envie de développer cette démarche, qui, à notre sens, n’est pas assez explorée mais semble absolument nécessaire dans ce contexte de crise climatique. »
Photo de têtière : François Mauger
Pour aller plus loin...
Le site web de Paysages composés