En 2026, l'équipe de 4'33 Magazine poursuit sa collaboration avec des étudiantes et des étudiants de l'Université Paris VIII, dans le cadre du cours de Makis Solomos sur la dimension écologique de certaines pratiques musicales. Plusieurs étudiantes et étudiants ont souhaité écrire un article. Nous publions ici celui de Léonard Amariat et Krys Bouchaut.
Ghost in the Loop (alias Aurélien Buiron) se présente comme un musicien, explorateur sonore et producteur musical inspiré par la nature. Basé entre Lyon et Grenoble, il se concentre surtout sur l’enregistrement des glaciers de la région et réussit à accorder l’art et la science.
Comment avez-vous commencé le field recording ?
Ghost in the Loop : « J’ai suivi des cours d’improvisation et de pratique en groupe pendant l’adolescence et j’ai expérimenté avec le field recording pendant la pandémie du Covid. Le confinement a annulé un projet d’album électro-pop que j’avais, alors j’ai essayé d’associer la discipline avec mon synthétiseur modulaire, cela ne m’a pas quitté depuis. »
Est-ce votre activité principale ?
Ghost in the Loop : « Pour l’instant, non. Mais cela devrait petit à petit le devenir, suite à ma signature dans un label. »
Cette démarche avait-elle une raison particulière ?
Ghost in the Loop : « Pas vraiment, c’était une période un peu floue pour tout le monde et il fallait trouver de quoi s’occuper. Pour moi, c’était via des expérimentations sonores, une forme de recherche et la nature s’avère être une banque de sons intarissable. Je crois qu’elle a toujours été une source d’inspiration. J’intégrais déjà des enregistrements de l’environnement dans certaines compositions mais à force d’y être confronté, j’ai eu comme un déclic. »
Comment préparez-vous vos enregistrements ?
Ghost in the Loop : « Tout dépend du projet. Habituellement, j’emmène mon enregistreur portable, plutôt des petits micros pour voyager, des batteries pour être préparé à toutes éventualités. En fonction, mon synthétiseur ou un micro particulier, c’est assez changeant. »
Quel matériel utilisez-vous ?
Ghost in the Loop : « Pour le field recording, j’utilise plusieurs micros, chacun avec des spécificités propres : deux Geophon, des micros de contact qui captent les vibrations, un micro canon pour enregistrer le plus précisément possible, un hydrophone pour capter les fluctuations de l’eau et un micro de contact, qui marche aussi en hydrophone, mais qui me donne un autre type de résultat, tout aussi intéressant. »
Profitez-vous de financements ?
Ghost in the Loop : « Cela dépend des missions. Dès qu’il est question de partir à l’étranger, comme une mission en Nouvelle-Zélande, bien sûr qu’un appel à financements est nécessaire. Si c’est pour un projet personnel, proche de chez moi, je prends le train, j’enregistre et je rentre. Cela dépend aussi des acteurs impliqués. Par exemple, pour une prochaine mission à la Mer de Glace, où il sera question d’utiliser les enregistrements à des fins plus scientifiques, on peut bénéficier d’aides. Certaines marques nous aident en fournissant le matériel. »
Une grande partie de votre travail se concentre sur les glaciers, pourquoi cet intérêt ?
Ghost in the Loop : « Peut-être que cela vient d’un souvenir d’enfance à la Mer de Glace : une randonnée en famille. Je mentirais si je disais que ma passion pour le field recording est née à ce moment, mais quand j’ai voulu mieux incorporer l’environnement dans ma musique j’ai repensé à l’émotion que j’avais ressentie ce jour-là. Habitant en Isère à proximité de glaciers, cela m’a paru logique de me tourner vers ces derniers. »
Vos enregistrements sont réutilisés, transformés dans des compositions, est-ce fait sur place ou bien en studio ?
Ghost in the Loop : « Tous les enregistrements sont faits sur place. Concernant la composition, l’arrangement, le sound design, encore une fois, cela dépend. J’ai déjà pu enregistrer et composer sur place, dans un intervalle très court mais pas moins efficace. En post-production, il y a le risque de passer des heures sur un son de quelques secondes et je parle en connaissance de cause. Ce sont presque deux exercices complètement différents mais finalement très complémentaires, l’un et l’autre ont leurs avantages et inconvénients. »
Diriez-vous que votre travail s’inscrit dans une motivation écologique ?
Ghost in the Loop : « À défaut d’être scolaire, j’ai toujours été passionné de science, j’adorais la SVT. C’est une passion qui perdure encore aujourd’hui et qui est éminemment liée à mon travail. Le réchauffement climatique est réel et j’y suis confronté à chaque enregistrement. Je suis amené à collaborer avec des scientifiques sur certains projets à travers le monde et c’est clair que la dimension écologique est centrale. »
Que préférez-vous enregistrer ?
Ghost in the Loop : « J’ai des heures d’enregistrements d’orages, encore inutilisés à ce jour, mais c’est toujours un plaisir d’ouvrir grand les fenêtres, placer les micros et entendre un orage lointain se rapprocher. »
Y-a-t-il quelque chose que vous aimeriez capter ?
Ghost in the Loop : « Les volcans. Cela devrait pouvoir se faire pendant ma mission en Nouvelle-Zélande et j’en suis très heureux. »
Photo de têtière : François Mauger
Pour aller plus loin...
Le site web du département musique de l'université Paris VIII