Bahía Mansa et la nouvelle génération de l’ambient au secours des zones humides

Les zones humides sont essentielles. Elles séquestrent du carbone, filtrent l’eau et servent de refuge à un grand nombre d’espèces en danger. Malgré cela, elles disparaissent une à une, victimes de l’expansion humaine. Le sujet ne semblait préoccuper aucun musicien jusqu’à ce que soit publiée la compilation El Último Refugio del Agua. Onze musiciens, venus de pays différents mais tous liés par leur goût pour l’ambient, y livrent leur vision de ces milieux mouvants. La commercialisation du disque se fait au profit de l’association chilienne Ojos de Mar, qui défend les zones humides en compagnie des communautés qui vivent à proximité. Iván Aguayo, qui se produit sous le nom de « Bahía Mansa », explique pourquoi il a souhaité que cette compilation voit le jour…

Pourquoi avez-vous décidé de soutenir la fondation environnementale Ojos de Mar ?

Iván Aguayo : « Nous croyons fermement qu’il faut soutenir les petites fondations locales vouées à la protection de l’environnement. Chaque région possède ses propres particularités ; c’est toujours l’action menée par les habitants eux-mêmes qui est la plus efficace. Par ailleurs, la fondation a organisé des ateliers autour des paysages sonores du littoral, une initiative qui, pour nous, faisait directement écho à notre intérêt pour le son. »

A-t-il été facile de convaincre onze artistes différents de contribuer à cette compilation ?

Iván Aguayo : « Cela a été assez simple, car nous avions planifié cette initiative bien à l’avance. L’idée était d’offrir aux artistes suffisamment de temps pour travailler sur leurs compositions, en gardant à l’esprit que l’inspiration peut parfois demander du temps. Nous tenions absolument à inclure ces artistes en particulier, c’est pourquoi nous avons anticipé les choses. Par ailleurs, nous pensons que, dans ce genre musical, la conscience écologique est universelle : peu importe où nous vivons, ou qui nous sommes, nous sommes unis par un intérêt commun pour la préservation de notre planète. »

Quel est le lien entre la musique produite et les zones humides nécessitant une protection ?

Iván Aguayo : « Nous estimons que la musique de cette compilation s’écoule naturellement d’un morceau à l’autre et offre une perspective différente sur la notion de zones humides. Les compositions mettent clairement en évidence la nécessité de les protéger. Les artistes ont puisé leur inspiration à diverses sources, qu’il s’agisse du lieu qu’ils habitent ou d’éléments évocateurs tels qu’une photographie, un son, une odeur… L’interprétation d’Asunción, par exemple, semble revêtir un caractère sacré et minimaliste, à l’instar de celle de Schlienz, qui recherche une communion entre l’infinitésimal et le cosmique, bien que dans une optique très différente. Chuter, en revanche, cherche peut-être à dépeindre un paysage intime et mélancolique qui semble s’effacer avec le temps… L’album regorge d’enregistrements de terrain, ainsi que de textures qui les rappellent. Toutefois, tout cela n’est que notre propre interprétation ; nous souhaitons laisser le soin à l’auditeur d’en juger. »

La musique ambient a parfois la réputation de n’être qu’une sorte de papier peint neutre, une bulle sonore coupée du monde. Est-ce ainsi que vous la percevez ?

Iván Aguayo : « Nous pensons que l’expérience d’écoute repose sur une relation symbiotique entre l’artiste et l’auditeur. Si, selon Eno, ce genre est né comme un espace propice à différents niveaux d’attention, la manière dont il est écouté aujourd’hui — en mettant l’accent sur le rôle actif de l’auditeur — mérite également d’être prise en compte, surtout dans notre société hyper-consumériste. La musique ambient peut glisser vers quelque chose qui s’apparente à de la « muzak » si l’on s’en tient à sa valeur utilitaire, se transformant en un simple bruit d’ambiance de haute qualité. Mais elle peut aussi devenir une forme de résistance face à la tyrannie de la productivité et de la superficialité, en réhabilitant l’écoute profonde et en favorisant un état de conscience plus vaste. Le loisir est, lui aussi, révolutionnaire. »

Photo de têtière : François Mauger
Photo de la zone humide au Chili : shesoundvisual
Pour aller plus loin...
Le site web de la fondation Ojos de Mar

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