Portrait : Dario Martinelli, zoomusicologue

Dario Martinelli est « zoomusicologue ». Et bien plus… Musicologue et sémioticien, il enseigne l’histoire et la théorie des arts à l’Université de technologie de Kaunas (Lituanie) et est également attaché à l’Université d’Helsinki et de Laponie.

Après avoir fait ses études à Bologne, auprès du philosophe et musicologue Gino Stefani, puis à Helsinki, sous la direction du musicologue et sémioticien Eero Tarasti, il a publié une vingtaine de livres et près de 150 articles.

Dario Martinelli par Giedre Rein

Ses ouvrages – Give Peace a Chant (2017), Basics of Animal Communication (2017), Lettera a un futuro animalista (2014), Quando la musica è bestiale per davvero (2011), Of birds, whales and other musicians (2009), How musical is a whale? (2002)… – attendent encore une traduction en français. Il travaille actuellement sur le prochain, pour l’instant dénommé « Zoomusicology ».


Le questionnaire de 4’33

Quel son vous rappelle votre enfance ?

Dario Martinelli : Je suis né dans les Pouilles, en Italie, dans une ville appelée Andria, en 1974. Il y a beaucoup de sons qui me rappellent mon enfance. J’entends encore la plupart d’entre eux aujourd’hui, ils font donc aussi partie du présent. D’autres ont presque disparu. Les rares fois où je les entends, je reviens immédiatement à la fin des années 1970 ou au début des années 1980. Par exemple, de nos jours, la plupart des pantoufles ou des sandales que nous portons à la maison ne font pas le moindre bruit lorsque nous marchons. À l’époque, il y avait ces sandales en bois du Dr Scholls, de forme orthopédique (j’avais les pieds plats quand j’étais enfant, je devais donc les porter). Eh bien, marcher avec elles donnait l’impression d’entendre des chevaux galoper. C’est un son que je n’entends presque plus ; quand ça arrive, je me reconnecte immédiatement à mon enfance.

Quel est votre son préféré aujourd’hui?

Dario Martinelli : Tout ce qui a trait à l’eau me donne un grand sentiment de paix et de bien-être. Que ce soit la mer, une rivière ou encore une simple fontaine, tout me va. De plus, les sons de ces animaux liés à l’eau, comme les grenouilles ou les mouettes, créent une sensation similaire, probablement par association.

Quel bruit vous horripile ?

Dario Martinelli : Les craies sur un tableau noir, c’est terrible. La circulation automobile devient de plus en plus agaçante, à mesure que je vieillis. Et je commence à détester la sonnerie du téléphone : c’est toujours une mauvaise nouvelle, les gens n’appellent plus pour vous demander comment vous allez, ils veulent toujours quelque chose de vous. Si on se concentre uniquement sur des contextes naturels uniquement, il n’y a pas de son plus ennuyeux, terrible et dégoûtant que les coups de feu tirés par les chasseurs. Ils n’ont rien à voir avec la nature ou en tout cas une nature aimante.

Quelle mélodie vous vient à l’esprit lorsque vous vous promenez dans la nature?

Dario Martinelli : Beaucoup, en fait. Si j’apprécie vraiment la promenade, j’aime penser à différents types de musique, comme une sorte de bande sonore, comme si j’étais dans un film ou dans un documentaire. Mais si je dois en choisir une, il y en a une qui me vient le plus souvent à l’esprit, en automne, si je marche parmi les feuilles mortes : c’est Late October, un morceau ambiant de Harold Budd et Brian Eno.

Si l’une de vos connaissances s’intéressait soudain au rapport entre musique et nature, que lui conseilleriez-vous d’écouter ou de lire en premier ?

Dario Martinelli : Probablement, Musique, Mythe, Nature de François-Bernard Mâche, le livre qui a fait de la zoomusicologie un véritable champ de recherche. Un autre classique, pour la recherche sur le paysage sonore en général : The Tuning of the World de Raymond Murray Schafer.
Quant aux suggestions d’écoute, je conseillerais simplement de faire attention. Si vous êtes dans la nature, il y a une quantité incroyable de sons et tous ont leur charme. Les entendre séparément est beau. Ensemble, ils forment un paysage sonore. Parallèlement à cela, je voudrais également souligner que certains de ces sons (par exemple, les appels des oiseaux) sont en fait émis parce qu’un animal est concerné ou effrayé par votre présence. Assurez-vous de respecter l’endroit où vous vous trouvez et ses habitants : ne soyez pas trop envahissant, ne pensez pas une seconde que cela vous appartient ou que tout est permis.

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Photo de têtière : Cénel et François Mauger

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