[A lire] Dans « Filigrane », artistes et chercheurs redéfinissent l’enregistrement de terrain

Le monde change, la musique change, la musicologie aussi… Sous l’impulsion d’Alejandro Reyna, Antoine Freychet et Makis Solomos, l’Université Paris VIII Vincennes – Saint-Denis a relancé en 2021 Filigrane, une revue qui scrute les formes musicales hybrides, notamment les installations, les promenades sonores ou le design sonore. Son numéro 26, intégralement consultable en ligne, est consacré au field recording et réunit plus de 10 textes sur le sujet.

De nombreux créateurs ont contribué à ce numéro. Marie-Hélène Bernard revient sur sa propre pratique d’artiste sonore longtemps peu sensible au chant des oiseaux et dont l’écoute a récemment évolué, grâce notamment à l’apport de la philosophe Vinciane Despret. Colin Frank se sert également de son propre parcours et tire de son album Sounding the weight of an object trois exemples de la façon dont le terrain prend à sa façon part à l’enregistrement. Caroline Boë détaille la passionnante expérience qu’elle mène depuis plusieurs années autour de la pollution sonore de faible intensité, ces fameux « sons qui nous envahissent », qu’elle traque, collecte et rend audibles. Stelios Giannoulakis explique pourquoi il s’intéresse lui aussi à l’environnement sonore urbain et comment ses sons s’intègrent à ses compositions. Dernière artiste à intervenir (mais non des moindres), la compositrice septuagénaire Hildegard Westerkamp dévoile ses stratégies d’enregistrement.

Hildegard Westerkamp (photo : Takumi Hayashi)

Les chercheurs prennent bien évidemment aussi la parole. Gustavo Celedón et Makis Solomos rappellent qu’on assiste depuis la fin des années 1990 à un retour du réel dans l’art, qui, du côté musical, prend souvent la forme d’enregistrements de terrain. Noémie Fargier interroge longuement Félix Blume, artiste sonore vivant entre le Mexique, le Brésil et la France, prix Pierre Schaeffer pour son œuvre Les Cris de Mexico au festival Phonurgia Nova Awards, en 2015. Alejandro Reyna et Antoine Freychet s’enfoncent eux dans La Selva de Francisco López, véritable monument du genre.

La contribution d’Andrea Giomi fait un pas de côté en direction de la sonification et de sa capacité à amorcer des processus d’activisme participatifs. Dana Papachristou, elle, passe du « soundscape » (le paysage sonore) au « socialscape » (le paysage social), favorable aux minorités et autres groupes sociaux marginalisés, tels que les réfugiés. Guillaume Dupetit et Eleni-Ira Panourgia confrontent la pratique artistique du field recording aux récents récits à propos du climat.

Ainsi, multipliant les approches, la revue apporte un éclairage global sur un art que les trois coordinateurs de ce numéro définissent comme « une opportunité de réaliser et de partager des expériences intenses et singulières des lieux que nous habitons, de reconfigurer notre relation au quotidien ou encore de revoir la manière dont nous cohabitons avec les autres – humains et non-humains », voire « un champ artistique hybride dans lequel la création technique peut reconfigurer nos manières de percevoir et d’être affecté.es par le monde ».

Photo de têtière : François Mauger
Pour aller plus loin...
Lire en ligne le numéro 26 de Filigrane

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