Art Sonic : « Les jeunes festivaliers sont réceptifs aux questions d’écoresponsabilité »

Aux premiers beaux jours, les festivals de l’été commencent à annoncer leur programmation. C’est le cas du festival normand Art Sonic, qui claironne la venue d’Orelsan, Vald, Rone, Skip The Use, NTO, Ziak, Sopico, Mad Foxes, Taxi Kebab… La taille des noms sur les affiches ne doit pas faire oublier les raisons du succès durable des festivals de ce type : une organisation irréprochable, une ambiance fraternelle et de vrais engagements. Ainsi, pour ses 25 ans, Art Sonic a signé la charte d’engagement Drastic on Plastic, un label créé en 2020 en France. Xavier Carjuzââ, responsable de la coordination et de la communication, explique pourquoi…

Vous rejoignez le dispositif Drastic on Plastic, c’est-à-dire que vous progressez vers la suppression du plastique jetable. Où en êtes-vous et à quels endroits le plastique résiste-t-il ?

Xavier Carjuzââ : A vrai dire, nous sommes plutôt de bons élèves sur ce volet-là, puisque ça fait des années qu’on a un partenariat avec Ecocup. On n’a plus du tout de gobelets plastiques jetables depuis près de 10 ans maintenant. D’année en année, on s’est amélioré. Au départ, on ne s’occupait que du côté festivaliers. Depuis, on s’est occupé du côté backstage, l’endroit où on donne à manger à nos bénévoles et aux artistes, où on ne trouve plus que des gobelets recyclables et des pichets d’eau. Pour être tout à fait transparent, l’endroit où on doit encore s’améliorer, c’est la scène. On n’a pas encore réussi à mettre en place des gourdes ou des fontaines à eau pour remplacer les bouteilles en plastique, qui sont encore très appréciées des artistes. C’est l’un des efforts qu’on va essayer de faire cette année. Il y aurait peut-être un autre effort à faire du côté de nos gobelets, qui sont collectors : chaque année, ils sont aux couleurs de l’édition. Souvent, les festivaliers les conservent. C’est une décision qu’on n’a pas encore prise : doit-on cesser d’identifier les gobelets pour qu’ils circulent plus ?

Un repas à Art Sonic (photo : Loewen)

Votre autre point fort, c’est le circuit court, surtout en termes alimentaires…

Xavier Carjuzââ : Oui. Art Sonic fonctionne en autonomie complète pour la restauration. On ne fait pas appel à des prestataires extérieurs. Ça nous permet de maîtriser l’ensemble du circuit d’approvisionnement, que ce soit pour les bières, les sodas, la viande, les légumes, les fromages, les glaces… On est très connu pour ça : on met en avant les producteurs locaux. On a un lien assez fort avec la fromagerie Gillot, qui est une entreprise familiale, indépendante. On sert des camemberts chauds sur le festival à des prix défiant toute concurrence (je crois qu’on doit être autour de 4 euros). On bosse avec La Trotteuse, une bière fermière faite à quelques kilomètres de Briouze. Ce sont des partenariats compliqués à mettre en place. Ça représente un travail de fond pour nos bénévoles mais ça nous permet de maîtriser à la fois l’approvisionnement et les prix. C’est aussi l’un des combats d’Art Sonic, au-delà du local et de la qualité des produits : proposer de la nourriture à un prix accessible à tous, ce qui est de plus en plus rare dans les festivals.

Le festival vu du ciel

Le circuit court semble plus difficile à mettre en place du côté du public. Les images du festival vu du ciel montrent de gigantesques parkings…

Xavier Carjuzââ : Ça, c’est notre bête noire. Les rapports du GIEC sont clairs : les déplacements sont la source la plus importante d’émissions de gaz à effet de serre. On a énormément de choses à améliorer de ce coté-là. On y travaille. On a créé, par exemple, une page Facebook dédiée au covoiturage. On fait des partenariats avec de grandes plate-formes de covoiturage. On met en place, grâce à la région Normandie, des trains à 10 € l’aller-retour au départ de n’importe quelle gare en Normandie. Ça convient à une partie des festivaliers mais il y en a tout de même 10 000 par jour, ce qui représente encore beaucoup de voitures. Il y a quelques minutes, j’ai contacté notre réseau de bus local, pour voir si on peut mettre en place des navettes au départ de Flers, qui est un gros vivier de festivaliers. Un groupe de travail est même en train d’étudier la possibilité de dédier des navettes à tous les festivals, au niveau départemental ou régional. Le gros problème, c’est les horaires. Il est facile de venir mais le problème est de repartir après les concerts. Du côté de la programmation, on fait aussi des efforts. On essaie d’avoir une affiche franco-française, ce qui est le cas cette année. On souhaite limiter, voire arrêter, l’engagement d’artistes internationaux. On ne se l’interdit pas mais on regarde de très près la question des conditions d’une tournée.

Comment les festivaliers perçoivent-ils tous les efforts que vous faites ? Sont-ils sensibles à la question de l’écoresponsabilité ?

Xavier Carjuzââ : J’ai l’impression. En tout cas, les retours sur les réseaux sociaux sont toujours très positifs. Contrairement à ce qu’on pense, les jeunes festivaliers sont réceptifs aux questions d’écoresponsabilité. Ils se montrent plutôt concernés. En fait, ils grandissent avec ça. Ils jouent donc le jeu du tri sélectif. D’année en année, réduire les déchets est de plus en plus facile.Tout se met en place mais c’est long : ça fait 10 ans qu’on essaie d’améliorer les choses petit à petit…

(photo : Loewen)

Et les artistes dans tout ça ? Sont-il moteurs ?

Xavier Carjuzââ : Difficile à dire… Le seul exemple que je pourrais donner, dans notre programmation, c’est Orelsan qui fait attention à travailler avec des Normands. C’est le cas pour son merchandising ou son matériel de scène. Pour les autres, malheureusement, je ne crois pas que l’écoresponsabilité soit vraiment entrée dans les mœurs. En témoignent les demandes qui nous sont faites, que ce soit dans les loges ou sur scène. On se rend compte qu’il y a encore de mauvaises habitudes, des choses qui sont imposées de façon irréfléchie. Il y a notamment l’habitude des bouteilles sur scène, qui ne sont ouvertes que pour deux gorgées. Je pense que le changement va d’abord venir de nous, quand on va proposer des gourdes et des fontaines à eau…

Photo de têtière : François Mauger
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