Festival de Thau : « Nous sommes inquiets mais déterminés »

« Etrange été » chantait Alain Bashung à la fin des années 80. Si le cancer ne l’avait pas happé, il pourrait reprendre ce refrain dans quelques mois, tant l’été qui approche s’annonce imprévisible. Aura-t-on le droit de se retrouver autour de la musique ? Si oui, dans quelles conditions ? Les festivals qui ont dynamisé la vie musicale hexagonale ces trois dernières décennies survivront-ils à l’épidémie ? Et quel impact aura le Covid sur la transition écologique que certains avaient initiée ?

Nous avons posé ces questions à l’un des rendez-vous estivaux les plus accueillants de l’Occitanie, le Festival de Thau. Depuis 1991, il reçoit des musiciens du monde entier sur les rives de l’étang de Thau, à quelques kilomètres de Sète, et organise en parallèle des concerts des expositions, des projections de films et des rencontres sur les thèmes de la diversité culturelle et du développement durable. Agnès Gerbe, chargée de production et du développement durable, et Audrey Malaval, chargée de communication et des partenariats, nous en disent plus.

Dans quel état d’esprit préparez-vous la prochaine édition du Festival ?

Audrey Malaval : Nous sommes inquiets, bien sûr, prudents également, mais motivés et déterminés.

Inquiets, parce que l’équilibre financier est très difficile à trouver avec les contraintes liées à la situation sanitaire. C’est une édition compliquée à monter, on sait qu’on aura moins de recettes que par le passé et probablement plus de dépenses… On a fait preuve d’une grande prudence budgétaire en 2020 : tout en faisant face à l’inédit et en s’adaptant sans cesse à la situation, on a toujours regardé plus loin et anticipé sur le fait que l’année 2021 comporterait inévitablement de nouveaux défis. Nous y voilà ! Il faut rester prudents tout en allant de l’avant !

Motivés et déterminés, parce qu’il nous semble essentiel que la musique et plus globalement la culture redeviennent vivantes, que les artistes puissent s’exprimer, que le public puisse se nourrir et que tous les professionnels qui rendent possible la rencontre entre artistes et publics puissent à nouveau remplir pleinement leurs missions.

Nous travaillons d’arrache-pied pour équilibrer cette édition périlleuse et repenser tout notre événement en fonction des contraintes. C’est difficile pour un festival comme le nôtre qui depuis toujours articule propositions artistiques et convivialité, rencontre, ambiance festive et familiale… Tel est le défi que nous souhaitons relever : rendre ce festival hors-normes le plus chaleureux possible et fidèle à nos valeurs d’ouverture et de partage, malgré les règles sanitaires.

Le festival de Thau (avant) (photo : Phil Poulenas)

L’engagement éco-responsable du Festival de Thau est très fort. Vous semblez prendre de nouvelles initiatives chaque année. Quoi de neuf de ce côté en 2021 ?

Agnès Gerbe : C’est vrai que depuis ses débuts le festival s’est toujours préoccupé de son impact sur l’environnement et a été parmi les premiers à mettre en place certaines actions, aujourd’hui plus répandues : les gobelets réutilisables, les toilettes sèches, la petite restauration basée sur des produits locaux, de préférence bio, la démarche zéro plastique avec notamment, la suppression des bouteilles en plastique… La certification à la norme ISO 20121 depuis 6 ans nous a aidé à mettre en place un outil d’amélioration continue, pour nous fixer de nouveaux objectifs chaque année et évaluer si on les a atteints ensuite. Impossible d’être parfait en la matière, l’idée est avant tout de questionner nos pratiques, d’impliquer tous nos partenaires dans ces réflexions et actions : bénévoles, techniciens, artistes, prestataires, partenaires privés et institutionnels, et bien sûr le public, et de se lancer de nouveaux défis ensemble ! En 2021, en plus de poursuivre la chasse aux plastiques à usage unique, grâce notamment à Drastic on plastic, on va travailler sur le sujet des mégots, qu’on retrouve en trop grand nombre au sol après les concerts ; et continuer à développer l’écomobilité des festivaliers, leur transport étant la première source d’émission de CO2 sur un événement.

Qu’est-ce que les nouvelles normes sanitaires vont changer dans votre rapport à l’environnement ? Parviendrez-vous par exemple, puisque vous en parlez, à bannir tous les plastiques à usage unique ?

Agnès Gerbe : Les plastiques à usage unique sont tellement courants dans nos usages qu’ils posent une multitude de challenges ; pas simple de trouver des alternatives durables à chaque objet ! Cela demande souvent un effort d’adaptation et pas mal d’astuce, possible surtout grâce à une vraie volonté de tous. Avec les consignes sanitaires liées au Covid, nous souhaitons surtout ne pas faire de pas en arrière : par exemple, on choisit de conserver des gobelets réutilisables même s’il faut en utiliser davantage et organiser de façon différente leur gestion. Et d’une façon générale, on préfèrera redoubler d’attention à l’hygiène et la désinfection des objets utilisés plutôt qu’utiliser des objets en plastique jetable.

(Photo : Paul Amouroux)

Vous participez actuellement à la création d’un label « événement éco-responsable » en Occitanie. Où en est ce projet et pourquoi vous tient-il à cœur ?

Agnès Gerbe : Effectivement, c’est un projet auquel on pense depuis plusieurs années maintenant ! Pour notre association, c’est une suite logique. Il a toujours été question pour nous de partager notre démarche avec d’autres festivals, d’échanger, de mutualiser nos expériences pour aller plus loin, ensemble. Pendant bien longtemps, trop peu d’acteurs, y compris institutionnels, s’intéressaient à notre démarche, alors que l’urgence écologique était bien là. Depuis 2019, avec les marches pour le climat, une prise de conscience s’est développée y compris dans le milieu du spectacle vivant, et nous avons commencé à être sollicités pour témoigner. Avec ce label, on franchit un autre cap : avec d’autres acteurs régionaux mobilisés, pilotés par l’association Elémen’terre, nous préparons un label qui aura pour vocation de faciliter la mise en place d’une démarche éco-responsable sur les événements culturels, sportifs ou de loisir, en Occitanie, et la rendre crédible et vérifiable. Ce label se veut être un outil qui sensibilise le public et les partenaires sur les engagements pris par l’événement, mais également un outil de progression pratique et opérationnel pour toutes les équipes organisatrices. Notre objectif est qu’il soit identifié aux yeux notamment des partenaires publics et privés comme l’outil permettant de garantir les engagements réels des organisateurs de la région.

Pour finir, que pouvez-vous déjà nous dévoiler sur la programmation artistique du Festival 2021 ?

Audrey Malaval : Nous concoctons une édition qui revendique sa diversité artistique, avec au gré de nos itinérances sur le territoire des créations, des artistes régionaux, des artistes émergents et des artistes reconnus. Je peux déjà vous annoncer les artistes qui se produiront sur la grande scène sur le port de Mèze : Suzane, Trio Mademoiselle, Têtes Raides, HK, Gaël Faye et Ballaké Sissoko. La programmation dans les autres villes sera annoncée très prochainement.

Et nous aurons une belle grande soirée de clôture à l’abbaye de Valmagne, avec 4 concerts en partenariat avec le Festival Radio France.

Photo de têtière : Cénel et François Mauger

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