Daniel Bachman joue le blues de l’anthropocène

Comment devrait sonner le blues de l’anthropocène ? Sur son nouvel album, Axacan, le guitariste Daniel Bachman esquisse une réponse très personnelle : ce blues aurait un goût de rouille et un air de tempête, il serait ponctué de silences et de bris de verre. Ainsi sonne, en tout cas, son Blues In The Anthropocene, deuxième plage hautement dérangeante d’un disque qui ne laisse guère l’auditeur en paix.

« Daniel Bachman ne joue pas de la guitare, il sculpte les sons » écrivait NPR, la radio publique des Etats-Unis, à propos de son album précédent. Disciple de John Fahey, trop vite rangé, comme nombre de ses confrères, dans la case de l’ « American primitive guitar », il s’en échappe en mettant en avant son souci du son. Depuis une dizaine d’années, Bachmann accorde en effet une part sans cesse plus grande à ses enregistrements de terrain dans ses compositions.        

Axacan, qui doit son nom à une mission jésuite réduite en cendres par les Amérindiens au seizième siècle, résonne ainsi du clapotis des vagues sur la côte de Virginie, du bruit du vent autour de Ferry Farm, la ferme de l’artiste, le craquement d’arbres, des bribes d’émission de radio… A la toute fin, sur le réconfortant Transmutation, la guitare reprend ses droits, mais l’essentiel s’est joué ailleurs, dans l’anxiété de Year of the rat, dans l’atmosphère changeante de Big summer, dans le chant d’un pin mort sur WBRP 47.5

James Toth, qui signe des notes de pochettes particulièrement élogieuses, compare Axacan à Threnody to the Victims of Hiroshima de Krzysztof Penderecki et à Berlin de Lou Reed. Il a probablement raison : le son de l’anthropocène ne peut qu’être grinçant et déconcertant , comme l’étaient certaines des grandes œuvres qui ont décrit les errances du vingtième siècle…

Photo : Cénel et François Mauger
Pour aller plus loin...
La page Bandcamp du label de Daniel Bachman

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