Billie Eilish : la contestation de mère en fille

Ne vous arrêtez pas à la couleur de ses cheveux… La chanteuse Billie Eilish est jeune (21 ans), très populaire (42 millions d’écoutes sur Spotify chaque mois), suivie de près sur les réseaux sociaux (100 millions d’abonnés sur Instagram) mais elle n’a rien d’une pop star écervelée. Ses chansons n’ont jamais essayé d’entrer dans les cases trop étroites qu’affectionnent les radios. Son succès vient d’ailleurs, d’Internet notamment, et il lui permet de prendre de grandes libertés. Ainsi, All the good girls go to Hell, l’un des extraits de son premier album (2019), parlait des incendies en Californie et évoquait dans le refrain la montée des eaux.

Billie Eilish se lancera le 3 juin dans une tournée internationale intitulée « Happier than ever » (« plus heureuse que jamais ») mais elle continue de le faire à sa façon. La jeune femme s’est associée à Reverb, une organisation à but non lucratif qui vise à renforcer l’écoresponsabilité dans le secteur musical. Ensemble, ils ont défini des standards remarquablement élevés. La restauration des artistes et de l’équipe sera entièrement végétarienne, comme la nourriture servie au public sur les stands. Les excédents seront distribués à des organisation locales ou compostés. La zone dévolue au « merchandising » ne proposera que des produits fabriqués avec des matériaux recyclés. Le plastique à usage unique sera totalement banni. Enfin, un système de compensation et de dons à des projets écologiques permettra à la tournée d’aller au-delà de la neutralité carbone : elle se donne pour mission d’avoir un solde positif.

La tournée s’arrêtera durablement à Londres puisque Billie y coorganise entre le 10 et le 26 juin « Overheated », un événement de très grande taille à propos du changement climatique. D’autres musiciens (comme l’Anglais Yungblud ou la Norvégienne Sigrid), des militants, des créateurs de mode et diverses personnalités se retrouveront à l’O2 Arena pour débattre des effets du réchauffement et des solutions possibles.

Si Billie Eilish parvient à monter de telles opérations, c’est notamment parce qu’elle est bien entourée. Son frère ainé, Finneas O’Connell, qui co-compose une partie de ses chansons, est tout aussi engagé qu’elle. Sa mère, l’actrice Maggie May Baird, est une militante qui leur a longtemps fait l’école à la maison. Également chanteuse, Maggie a fondé l’association Support + Feed lors de la crise du Covid. L’objectif était d’abord de fournir des repas végétariens à ceux qui n’avaient pas les moyens d’y accéder. Puis sa réflexion a porté sur ce qu’elle nomme « l’apartheid alimentaire » dans les quartiers défavorisés, souvent habités par des minorités souffrant d’autres formes d’apartheid. L’action de l’association a évolué et, sans cesser ses distributions, elle a pris la parole dans les médias, pour y évoquer l’injustice nutritive, le changement climatique et ce qui, pour ses fondateurs, est la principale solution à ces deux problèmes : l’alimentation à base de plantes.

Maggie May Baird raconte souvent qu’elle a compris bien des choses lorsqu’elle a lu, sur un t-shirt des années 80, une phrase reliant l’élevage et la destruction de la forêt amazonienne. Lorsque la tournée de Billie Eilish passera le 22 juin par Paris, elle ne donnera pas lieu à un événement aussi conséquent que « Overheated » mais elle sera certainement l’occasion de discussions passionnés entre les stands de cuisine végétarienne. Peut-être quelqu’un y portera-t-il un t-shirt qui fera réfléchir un autre. Même si elle a désormais des millions de fans, c’est le genre de détails auxquels Billie Eilish accorde encore de l’importance…

Photo de têtière : François Mauger

Pour aller plus loin…
Le site web de Billie Eilish
Le site web de Support + Feed

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