Charlélie Couture a rameuté ses copains : Jean-Louis Aubert, Cali, Kent ou Angélique Kidjo chantent sur son nouvel album. La jeune garde est là aussi : René Nunes, Pur-Sang, Papillon Paravel ou Souleymane Diamanka ont répondu à l’appel. Au nom de quoi ? Au nom de la planète Terre que cette série de duos inédits célèbre, en exhumant des titres engagés passés inaperçus. L’auteur de Comme un avion sans aile présente « Projet Bleu Vert », son hymne à la vie…
D’où vient ce projet ?
Charlélie Couture : « A quel époque voulez-vous que je remonte ? En fait, le projet lui-même a démarré le jour où j’ai rencontré un élève du lycée Poincaré à Nancy, où j’ai fait mes études. Après avoir réfléchi pendant quelques semaines sur mon activité d’artiste, sous son aspect pluridisciplinaire, l’un des élèves est venu me voir et m’a dit « Mais, en fait, on aurait aussi pu aborder votre côté militant, puisque vos chansons sont très engagées ; pourquoi personne n’en parle ? ». J’étais en train de travailler sur un nouvel album mais je me suis dit « Puisqu’il y a déjà des chansons dont je ne changerais pas un mot, tant la situation reste la même, le mieux serait peut-être de les réenregistrer avec des arrangements d’aujourd’hui, comparables à ceux qu’on joue sur scène, mais en duo avec d’autres chanteurs ». C’est comme ça que cela a commencé… »
On découvre notamment une chanson de 1978, Le jardin de mon oncle, extraite d’un premier album dont je n’avais jamais entendu parler…
Charlélie Couture : « J’avais réalisé ce disque alors que j’étais encore étudiant aux Beaux-Arts. Il faisait partie de ma thèse de fin d’étude. Le titre, 12 chansons dans la sciure, faisait allusion à la pêche miraculeuse, quand on est gamin et qu’on trouve des choses planquées dans la sciure… »
Mais cela veut dire qu’en 1978, vous étiez déjà sensible à la question écologique ?
Charlélie Couture : « En fait, je l’ai toujours été. Aussi loin que je m’en souvienne, j’ai eu en tête l’idée de respecter autant la nature que les hommes. Les années 75 / 76 ont vu apparaître l’écologie, avec René Dumont. C’était un mot nouveau qui, tout à coup, mettait un nom sur quelque chose que j’ai toujours ressenti au fond de moi. »
Vous avez recruté pour ce projet un grand nombre de partenaires. Ont-ils été faciles à convaincre ?
Charlélie Couture : « Ce disque, certains le présentent comme du recyclage. Je veux bien mais, vous savez, beaucoup de ces chansons ne sont pas connues du tout. A part La ballade du mois d’août 75, qui était sur un disque qui a fait parler de lui, le premier que j’ai publié sur Island, les autres sont inconnues du grand public. J’ai du plaisir à les faire découvrir. Ce n’est pas du greenwashing. C’est pour cela que d’autres artistes ont accepté de participer bénévolement à ce projet dont l’intégralité des profits sera reversée à France Nature Environnement. Pour chaque chanson, j’avais pensé à quatre ou cinq artistes et j’ai choisi le premier qui a dit oui. Cela n’a pas toujours été le premier auquel j’avais pensé. Certains ont dû décliner l’invitation pour des raisons personnelles, professionnelles, ou encore des histoires d’agent. J’aurais aimé qu’il y ait plus de jeunes de la génération à laquelle je m’adresse mais ils n’ont pas répondu et il fallait bien que le projet avance. Finalement, c’est plutôt un disque fait entre amis et je le dis sans aucun dépit. Je suis ravi du résultat qui ressemble à l’idée que je m’en faisais au départ. »
Il manque un titre sur l’écologie dans cette collection, Toi ma descendance…
Charlélie Couture : « Oui, je regrette de ne pas l’avoir enregistré. J’ai espéré jusqu’au bout que la personne à laquelle je pensais pour le duo me réponde mais elle m’a laissé attendre pendant trois mois. Ce titre-là était évidemment prévu. Cette chanson était même à l’origine du projet, parce que j’assume pleinement le fait d’être grand-père et de m’être aperçu de l’urgence de faire un disque comme ça en regardant ce que je laisse à mes petits-enfants, qui n’a rien à voir avec ce qu’on m’avait laissé à moi. J’ai pensé qu’il était important de faire ce disque-là maintenant, parce que l’écologie, d’une façon générale, est mal traitée. Je n’arrive pas à comprendre pourquoi la consommation à tout crin prend le pas sur la qualité de la vie. Quand je discute avec les gens autour de moi, avec mes amis, ils sont plus heureux d’avoir passé un bon moment à table, en rigolant entre copains, que de pouvoir dire combien de fric ils ont gagné et quelle est la valeur de leur bagnole. Il nous est pourtant sans cesse dit et répété qu’il faut consommer, tout simplement parce que la plupart des médias sont détenus par des industriels qui n’accordent de sens à la vie qu’en fonction du nombre d’objets vendus. Moi, je fais partie de ceux qui considèrent que la croissance est une religion et je n’en suis pas un disciple. La croissance, c’est un mythe. »
Vous avez mis en musique un texte de Paul Watson. Quelles sont vos relations avec lui ?
Charlélie Couture : « Je suis Sea Shepherd depuis des années, depuis mon séjour à New York. J’ai milité à mon échelle pour la libération de Paul Watson quand il a été arrêté l’année dernière. Du coup, j’ai eu l’occasion de le rencontrer quand il a été libéré. Quelques temps plus tard, il est venu manger à la maison. Il m’a appris qu’il écrivait des poèmes, comme celui qu’il m’a envoyé et sur lequel j’ai composé une musique. »
Pourquoi est-ce France Nature Environnement que vous avez choisi comme destinataire des profits de ce disque ?
Charlélie Couture : « Comme ces chansons avaient déjà vécu, il me semblait logique d’attribuer à d’autres le bénéfice qui pourrait éventuellement en découler. J’insiste sur le « éventuellement », parce que la musique ne procure plus les revenus qu’elle procurait quand j’ai commencé. Mais, s’il y a de l’argent, autant qu’il aille à des gens qui, sur le terrain, travaillent pour la défense de la biodiversité et de la vie, qu’elle soit végétale ou animale. Cette fédération fait un travail formidable. Comme les gens qui sont sur le terrain font relativement peu parler d’eux, si ce n’est quand ils intentent des procès aux agresseurs de la nature, j’ai trouvé qu’il serait bien de montrer ma solidarité. Ce sont eux qui dénoncent les coupes franches ou les dépôts d’ordure, qui défendent la vie dans les zones humides ou en montagne… France Nature Environnement regroupe 6 000 associations. Elles touchent un million de personnes en France. La fédération est moins médiatisée que d’autres associations mais je suis sensible à sa démarche. »
Photo de têtière : François Mauger
Pour aller plus loin...
Le site web de Charlélie Couture