En avril, la plate-forme de streaming musical Deezer annonçait qu’elle recevait chaque jour « près de 75 000 titres générés par l’IA », ce qui représentait « environ 44 % des mises en ligne quotidiennes ». Elle ajoutait que l’écoute de ces morceaux restait « très faible » : elle ne correspondait qu’à moins de 3 % du nombre total de demandes.
Cette semaine, c’est la plate-forme Spotify, elle aussi inondée par les créations non-souhaitées de l’intelligence artificielle, qui annonce qu’elle va donner à ses clients la possibilité de faire remixer certains titres par des agents IA. Cette option, qui s’appuie sur un partenariat avec Universal Music Group, sera payante. La plate-forme suédoise annonce qu’un morceau pourra ainsi « se transformer en 10 000 autres ».
La question de la mal nommée « intelligence artificielle » semble devenir centrale dans les réflexions sur l’avenir de la musique enregistrée. Le moment semble donc opportun pour lire le nouveau rapport de l’ARCEP sur l’impact environnemental de cette technologie.
Intitulée « Intelligence artificielle générative, quels défis environnementaux ? », l’enquête de l’Autorité de Régulation des Communications Electroniques, des Postes et de la distribution de la presse met en lumière le manque de transparence des industriels du secteur.
Derrière un geste aussi simple que de demander d’accélérer légèrement un titre de Kendji Girac ou de rajouter des percussions africaines sur un morceau de The Weeknd se cachent des centres de données qui engloutissent de l’eau, de l’électricité et des terrains. Le spécialiste Alex de Vries-Gao a estimé qu’en 2025, ces installations consommaient déjà autant d’eau que l’industrie mondiale de l’eau en bouteille. Des outils existent pour mesurer leurs impacts mais les fournisseurs de services ne les utilisent pas ou ne publient pas leurs résultats. L’ARCEP s’indignent qu’ils sachent comment effectuer ces calculs mais choisissent de ne pas le faire.
Au-delà de l’indignation, l’ARCEP émet neuf recommandations, qu’elle regroupe en quatre axes.
Le premier tourne autour de la mesure. Des autorités publiques devraient collecter et publier les données environnementales de l’IA, avec des méthodes de calcul standardisées pour qu’il soit possible de comparer les chiffres.
Le second porte sur la législation. La réglementation devrait prôner l’écoconception et les commandes publiques, comme les aides à l’innovation, devraient intégrer des critères écologiques.
Le troisième est centré sur l’utilisateur, qui devrait être informé de l’empreinte carbone de chaque service et avoir ainsi les moyens de choisir.
Le quatrième interroge l’Union Européenne, dont il faudrait coordonner les politiques énergétiques et numériques pour concilier souveraineté technologique et soutenabilité.
Les acteurs du secteur musical n’ont pas le choix, ils doivent s’intéresser à ces questions : s’ils ne régulent pas l’usage de l’IA, les décideurs du secteur finiront par réguler leurs activités.
Photo de têtière : François Mauger
Pour aller plus loin...
Lire le rapport de l'ARCEP