Festiwild n’est pas un festival musical mais le sonore et la musique y occupent une place importante. La prochaine édition de l’événement, qui aura lieu du 9 au 11 octobre à Sainte-Croix, dans la Drôme, s’ouvre par exemple sur le dialogue du percussionniste et compositeur Joël Grare avec l’audionaturaliste Boris Jollivet. Leur spectacle commun, « Battements d’ailes sur le fleuve », est une ode au vivant constamment surprenante. Il est suivi de très près du fameux « Concert d’oiseaux » de Jean Roché et Bernard Fort, programmé à trois reprises pour que personne ne le rate. Des siestes musicales animées par le multi-instrumentiste Frédéric Cros, des rencontres ponctuées par le clarinettiste Evariste Champion, ainsi qu’une conférence de Caroline Audibert attendent également les spectateurs. Le festival propose aussi, dans de tout autres domaines, des contes, un spectacle de danse hip hop sur le thème des insectes, une discussion avec Ernst Zürcher, des spectacles pour enfants, un documentaire sur la rivière bretonne Le Léguer… Un programme alléchant, dans un lieu unique en son genre ! L’une des fondatrices du festival explique comment tout cela tient sur trois journées.
Quelle était l’ambition initiale de ce festival ?
Madline Rubin : « Nous sommes un groupe d’amis, avec chacun nos spécialités. Dans ce groupe, il y a Frédéric Sauvage, le directeur et gestionnaire du site du monastère Sainte-Croix. Ce lieu est magnifique, il crée une ambiance très particulière. On s’y sent comme dans une bulle. Il se trouve que, moi, j’étais directrice d’une ONG qui s’occupe de la vie sauvage et que je suis impliquée depuis plus de 25 ans sur ces thématiques. On avait également un ami qui était chef-opérateur de films animaliers. Un soir, on s’est demandé ce qu’on pourrait faire ensemble pour aller plus loin dans la protection de la nature, dans la sensibilisation. On s’est dit qu’il fallait créer un événement. Le lieu était tout naturellement l’ancien monastère Sainte-Croix. On a imaginé un festival grand public qui essaie de toucher les gens au fond du cœur par toutes les thématiques et les méthodes possibles. Sa spécificité est d’utiliser tous les canaux possibles. On fait venir des scientifiques, des artistes, des humoristes, pour des pièces de théâtre, des poèmes, des lectures, des expériences immersives… Le fil rouge dans tout ça est d’essayer de reconnecter les gens avec le sauvage, en eux et autour d’eux. L’association a été créée en 2017, la première édition a eu lieu en 2018 et ça a été un réel succès. »

La cinquième édition commencera bientôt. Y aura-t-il des nouveautés ?
Madline Rubin : « A chaque édition, on essaie de renouveler complètement la programmation. On a beaucoup de jauges possibles. Dans la cour ou la grande salle, on peut accueillir 400 ou 500 personnes en même temps mais on a aussi des salles plus petites. L’idée est de proposer pendant un week-end entier de nombreuses activités, dont certaines se chevauchent, toujours différentes, sur des thématiques qui évoluent et qui sont proches de l’actualité. On a par le passé fait des focus sur l’océan ou les insectes. Cette année, on parle beaucoup du réensauvagement. Compte tenu des incendies qui ont eu lieu à quelques centaines de mètres du monastère, on a ajouté une table ronde sur le sujet. Chaque année, on dédie la journée du vendredi aux scolaires. On offre à 7 ou 8 écoles des transports en bus et des spectacles ou des ateliers. Le festival n’ouvre au reste du public qu’à partir de 17h le vendredi. »
Cette année, la dimension sonore est assez remarquable, avec la venue de Bernard Fort ou de Boris Jollivet…
Madline Rubin : « Oui, on prête depuis toujours une attention particulière au sonore, parce qu’il touche les gens d’une autre façon. On s’intéresse notamment aux études scientifiques sur la bioacoustique, aux enregistrements sonores pour essayer d’identifier ce qu’il se passe autour de nous. Bernard Fort est un habitué. Boris Jollivet était également déjà venu, mais plutôt lors d’une des premières éditions. On trouve que le sonore est trop peu mis en avant dans les autres festivals. »
Cette fois, Bernard Fort ressuscite le projet de « concert d’oiseaux » qu’il avait imaginé avec feu Jean Roché. C’est une forme d’hommage ?
Madline Rubin : « Oui. Au niveau des naturalistes et des ornithologues, ce projet avait été un tournant. Quand Bernard Fort nous a proposé cette performance, on a tout de suite accepté. C’est une œuvre qui raconte l’histoire du vingtième siècle mais a aussi des échos aujourd’hui, comme le silence des oiseaux pendant certains drames. On rend un autre hommage cette année, à Francis Hallé. »

Il fréquentait votre festival ?
Madline Rubin : « Oui. C’était même l’une des seules personnes qui venaient à chaque édition. C’était une pointure, une personnalité assez incroyable. Tout son travail et son engagement botanique sont très précieux pour la nature, pour le vivant. Chaque année, il a participé à des conférences. On était même obligé de le programmer à plusieurs séances du festival, tellement il était attendu. Nous sommes très proches de l’association qui a été créée par Francis Hallé. Pour l’anecdote, lors de la première édition de Festiwild, qui avait une programmation assez exceptionnelle autour des forêts, Francis Hallé et quelques autres participants se sont dits qu’il fallait créer quelque chose, qu’il fallait rêver. L’utopie d’une forêt primaire en Europe de l’ouest était déjà là. Quelques semaines après le festival, une réunion a eu lieu au même endroit, au monastère, avec Jérôme Bouvier, qui est l’un des cofondateurs de Festiwild, et moi. Nous avons cofondé l’association qui s’appelle « Association Francis Hallé pour une forêt primaire ». »
Photo de têtière : François Mauger
Photo des Chanteurs d'oiseaux : Guillaume Fulchiron
Pour aller plus loin...
Le site web de Festiwild