Portrait : Bernard Fort, compositeur, audionaturaliste et ornithologue

Le premier juin 1967, les Beatles publient Sergent Pepper’s Lonely Hearts Club Band. Bernard Fort n’a pas encore fêté son treizième anniversaire mais c’est déjà un tournant dans sa vie. Adieu les chevaux, il ne se préoccupera que de musique !

Il a appris à maîtriser la flûte traversière, a étudié la musicologie, a joué de la pop music tout en fréquentant le musée Berlioz de la Côte Saint-André… Il a fondé en 1976, avec Marc Favre, le premier studio de musique acousmatique Rhône-Alpes, le Groupe Musiques Vivantes de Lyon (GMVL), puis imaginé tant d’œuvres ou participé à tant de projets qu’il serait impossible de tous les citer ici.

Compositeur, audionaturaliste et ornithologue, Bernard Fort a enregistré une trentaine de disques. Sans compter ceux qu’il produit pour ses amis venus de Mongolie. Il a également publié une dizaine de livres, dont Du son à l’œuvre, un chemin vers les nouvelles musiques, co-signé avec Philippe Gonin.

A l’initiative du festival Détours de Babel, il a récemment travaillé avec le trio de La Forge (François Raulin, piano, Pascal Berne, contrebasse, Michel Mandel, clarinettes), le percussionniste Jean-Marc Quillet et l’altiste Guillaume Roy sur « … et autres chants d’oiseaux », projet qui ne demande qu’à rencontrer un vaste public.


Le questionnaire de 4’33

Quel son vous rappelle votre enfance ?

Bernard Fort : Le bruit du portail du jardin de ma grand mère. Elle est morte depuis longtemps, mais j’ai toujours le son en mémoire… C’était le lieu des mercredi après midi… La porte sur le jardin qui nous protégeait de la rue.

Quel est votre son favori aujourd’hui ?

Bernard Fort : Il y a les sons réels, et ceux que j’entends intérieurement.
Difficile à dire… car je changerais tous les jours!
Des musiques, des voix familières, des sons de la nature… et toutes les musiques qui se composent au fond de ma tête, et que personne n’entendra jamais … les voix qui véhiculent des idées ou des pensées, les sons faits pour communiquer produits par nous ou le monde animal, les sous-produits énergétiques d’activités, ou encore les musiques instrumentales ou vocales qui sont langages élaborés, tout cela m’apparaît d’abord comme du son, à aimer ou à décrypter.
« Si un son vous dérange… aimez-le » disait John Cage.
Je rajoute souvent : le son n’est qu’une aspiration au silence.

Quel bruit vous horripile ?

Bernard Fort : Les sons insidieux, ventilateurs VMC, éclairages néon, réfrigérateurs, en fin de compte pas les plus bruyants, mais ceux qui envahissent l’espace et qui créent des soulagements lorsqu’ils s’arrêtent.

Quelles mélodies vous viennent en tête lorsque vous vous promenez dans la nature ?

Bernard Fort : Un thème des concerti pour violon ou clavecin de J.S.Bach.
Un thème issu d’une symphonie de Mahler
Une chanson des Beatles.

Si l’une de vos connaissances s’intéressait soudain au rapport entre musique et nature, que lui conseilleriez-vous d’écouter ou de lire en premier ?

Bernard Fort : D’écouter la nature en direct, et d’y rester longtemps.
D’écouter les oiseaux les plus communs, et de penser leurs chants en termes de musiques.
D’écouter l’espace sonore et prendre conscience des polyphonies.
D’écouter les entretiens avec J.C. Roché édités chez Frémeaux en 2020.
Puis peut-être de lire le livre d’Alexandre Galand : L’usage sonore du monde en 100 albums.

Pour continuer...
Retrouvez le livre d'Alexandre Galand dans la bibliothèque de 4'33
Photo de têtière : Cénel et François Mauger

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