Profession : paysagiste sonore

Chaque année, en janvier, est organisée une « Semaine du son » sous l’égide de l’Unesco. L’intitulé est curieux mais, lorsqu’on parcourt le programme, celui du « Forum des paysagistes sonores » amuse bien plus encore. Qu’est-ce qu’un paysagiste sonore ? « Au départ, c’est une sorte de blague » reconnaît Arthur Enguehard lorsqu’on l’interroge. Mais, très vite, le jeune président de l’asociation Pepason justifie le rapport avec le paysagisme ordinaire : « un paysagiste, dans un jardin, travaille la matière végétale de sorte à en faire un tableau, à en faire un assemblage, à créer un ordre, à donner du sens. Le paysagiste sonore propose lui aussi une grille de lecture, un mode d’entrée en communication avec l’environnement sonore, avec cette matière qu’est le son qui nous entoure ».

Si l’on objecte qu’un paysagiste sculpte parfois l’espace à grands coups de pelle et de débroussailleuse, Arthur ne se laisse pas démonter : « Le paysagiste qui coupe et plante est un paysagiste d’une certaine époque. Avec le tournant de la permaculture, certains paysagistes d’aujourd’hui laissent beaucoup de place, au-delà de la coupe et de la plantation, au dialogue des espèces, à la sculpture de la lumière, au tracé du chemin à travers le jardin… De notre côté, c’est pareil. Certains paysagistes sonores vont produire du son, vont cultiver le son de la ville, vont la faire résonner en tapant sur des poteaux… D’autres vont juste tendre leur oreille, changer la manière dont ils se positionnent, accélérer leur pas ou s’asseoir sur un banc. Il y a plusieurs conceptions de l’art du paysage sonore ».

Arthur Enguehard

« J’aimerais dire qu’il y a des millions de paysagistes sonores en France, puisque des gens qui parlent du bruit, qui se plaignent de l’environnement sonore, il y en a plein. Il y a donc plein de gens qui donnent un sens à ce qu’ils écoutent, des millions ! Au même titre qu’il y a des millions de gens qui aiment s’occuper de leur jardin » continue le jeune pédagogue. « Par contre, des paysagistes sonores qui en ont fait leur métier, il y en a très peu. De plus, ils sont répartis dans des milieux qui communiquent peu entre eux. Le principal milieu est universitaire, notamment via le CRESSON (Centre de Recherche sur l’Espace Sonore et l’environnement urbain), l’Université Paris VIII ou les musicologues. L’autre est celui des artistes sonores : Gilles Malatray, Stéphane Marin… Mais cela se limite à quelques noms, connus ou méconnus. Les professionnels qui sont capables d’en vivre, d’en faire leur métier, de le défendre, se comptent sur les doigts de quelques mains et ils sont très isolés ».

L’association Pepason s’est donc donnée pour mission de réunir tous les passionnés de paysages sonores. Elle organise pour cela un forum à Lyon le 29 janvier. La matinée sera consacrée à une série de performances sur la place des Archives, à deux pas de la gare de Perrache. L’après-midi, une dizaine de paysagistes sonores auront chacun 15 minutes pour présenter un projet qui leur tient à cœur, en faire écouter un extrait et répondre à quelques questions. La journée s’achèvera au bar du Périscope, transformé en salle d’exposition temporaire.

Une animation de l’association Pepason

L’objectif n’est pas uniquement de rassembler les fous de son qui passent le plus clair de leur temps à écouter la planète. Il est aussi de susciter des vocations. « Favoriser une synergie va permettre à certains, qui hésitent encore, de se décider à faire des événements officiels sous le nom de « paysagiste sonore » » assure Arthur. « Ce dont on s’est rendu compte, c’est qu’il y a beaucoup de gens qui sont attirés par le sonore. On voit pas mal de projets de jeunes ou d’étudiants. Ils montent une association, ils s’occupent du son quelques mois, parfois un an, mais, parce que c’est un milieu très petit, très difficile, ils s’arrêtent, alors qu’ils ont eu de belles idées. Ce qu’on aimerait, avec l’association, c’est de leur donner un élan, un espoir, pour que ces idées émergentes vivent au-delà d’un an ».

Effectivement, ce vœu ne se réalisera que lorsque l’expression « paysagiste sonore » ne fera plus rire personne. D’ici là, tous au forum !

Photo de têtière : François Mauger
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Le site web de l'association Pepason

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